| Le
Café Littéraire luxovien/ des mères
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― Faut pas lui dire, hé. J'ai pas pu résister. Je sais bien que c'est ta mère, mais c'est tout de même beau, un amour comme ça. Çà finit par vous faire envie... Y aura jamais une autre femme pour t'aimer comme elle, dans la vie. Ça, c'est sûr. C'était
sûr. Mais je ne le savais pas. Ce fut seulement aux abords de la
quarantaine que je commençai à comprendre.
Il n'est pas bon d'être tellement aiméゥ,
si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que
c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se
retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec
l'mour maternel, la vie vous fait à
l'aube une
promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid
jusqu'à la
fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans
ses bras et vous serre sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances.
On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien
abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se
referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent
d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à
la source très
tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau
vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des
mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude
très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la
documentation. Romain Gary, La promesse de l'aube
C'est
l'enfant qui manque à toutes les femmes ―
qu'elles en aient déjà six
ou sept ou qu'elles n'en aient aucun. Il manque aux femmes qui n'en
veulent pas, à celles qui n'en auront jamais, pour rien au monde, à
celles qui en font, à celles qui en veulent. Il manque aux femmes qui
avortent, qui ne le gardent pas, à celles qui abandonnent, qui
refusent, à celles qui adoptent, qui choisissent, qui espèrent. Il
manque aux femmes enceintes, aux femmes stériles, aux femmes qui ne
peuvent plus en avoir, aux vieilles femmes. Camille Laurens, Dans ces bras-là
Elle était bonne infirmière, mais c'était avec les mères et les bébés, elle le sentait, qu'elle donnait toute sa mesure ― et voilà que soudain il y avait tant de bébés dont le père était parti, ou encore mort ou disparu ; Jenny voulait avant tout donner du courage aux mères. En fait, elle les enviait. C'était là, à ses yeux, la situation idéale: une mère seule avec un nouveau-né, le père disparu quelque part dans le ciel de France. Une jeune femme seule au monde avec un enfant bien à elle, avec toute une vie devant eux ― rien que tous les deux. Un bébé, mais surtout pas de fil à la patte. Une naissance pour ainsi dire vierge. John Irving, Le monde selon Garp
Il
était peut-être exact qu'elle était responsable du sort maternel.
Elle : l'absurde rencontre d'un spermatozoïde du plus viril de hommes
et d'un ovule de la belle des belles. En cette seconde fatidique nommée
Tereza, maman avait commencé le marathon de sa vie gâchée. Milan Kundera , L'insoutenable légèreté de l'être |
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Et alors je cédais, et mourus. Et mes enfants naquirent. Joyce
Carol Oates, Un amour noir Chacun
des fils possède sa force particulière, et chacune de mes filles, son
charme bien à elle, et chacun de mes enfants m'est indispensable. Pearl Buck, Je n'oublierai jamais |
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Ce
matin-là, mal réveillée, elle ne s'était pas méfiée du miroir... Claude
Pujade Renaud, Le Sas de l'absence
Toutes les mères aiment leurs enfants: c'est une loi de la nature. Même une chatte. Même une chèvre. Même les mères de criminels ou d'assassins. Même celles des nazis. Même celles d'attardés mentaux qui ont l'écume aux lèvres. Même celles des monstres. Si j'étais le seul qu'on n'aimait pas, si ma mère m'avait laissé en plan, c'était la preuve que je n'étais pas digne d'être aimé. Que je ne le méritais pas. Quelque chose n'allait pas chez moi, quelque chose de terrible, de repoussant et d'effrayant, quelque chose de vraiment horrible, encore plus répugnant qu'une infirmité, un retard mental ou la folie. Il y avait quelque chose de détestable chez moi, irrémédiablement, quelque chose de si épouvantable que même ma mère, une femme pourtant tendre et sensible, prête à donner son amour à un oiseau, un mendiant dans la rue, un petit chien perdu, incapable de me supporter, avait été forcée de mettre la plus grande distance possible entre elle et moi. Amos Oz, Une histoire d'amour et de ténèbres
Les
meilleurs ont mâtiné leurs louanges in mémoriam de ces graves
conseils : avec vos mères, soyez doux, soignez-les, parce qu'elles
mourront et que des remords vous poursuivront. Ce sont là de belles
paroles, à ceci près que nul n'entend rien, s'il ne l'a déjà formulé.
La vie n'a qu'un maître, c'est l'expérience ; on apprend ce quelle nous
fait entrer sous les ongles ; la méditation (le reste aussi) passe comme
les nuages. Pierre Perrin, Une mère
Ô toi,
la seule, mère, ma mère et de tous les hommes, toi seule, notre mère,
mérites notre confiance et notre amour. Tout le reste, femmes, frères,
soeurs, enfants, amies, tout le reste n'est que misère et feuilles
emportées par le vent. Albert Cohen, Le Livre de ma mère
Grand-mère Godfrey écourta sa visite, et en guise d'adieu déclara que si nous étions ses enfants, elle nous aurait corrigés avec la courroie de la machine à coudre. Était-elle vraiment la mère de maman? nous demandâmes-nous. Les yeux de maman s'emplirent de larmes à nouveau. Maintenant nous savions comme elle que sa mère n'avait pas été aussi parfaite, après tout, elle était comme toutes les mères, celles que nous connaissions, qui frappaient, criaient, interdisaient que l'on marchât sur leurs parquets cirés; ces mères maigrichonnes sans giron ni tétons; toutes les autres mères à l'exception de la nôtre, toujours douce, qui parlait de la nature et de Dieu, et ne se montrait jamais cruelle envers rien ni personne, et qui, lorsqu'elle racontait que les oiseaux du ciel venaient picorer dans la main de grand-mère Godfrey, parlait d'elle-même en réalité, car c'était dans la paume de sa main que les petits oiseaux verts, les tauhous, posaient leurs pattes menues en forme de brindilles. Janet Frame, Ma terre, mon île (Un ange à ma table)
Que
lui avions-nous fait, chacun d'entre nous, jour après jour, pour l'avoir
ainsi privée de son moi véritable, comment étions-nous parvenus
à la dépouiller de ce qui lui appartenait en propre pour l'encombrer en
échange de notre moi, de notre existence? Ou peut-être n'étaient-ce pas
ses possessions dont nous nous étions emparés, mais un jardin où nous
avions fait place nette pour y planter profondément nos propres racines;
et maintenant que nous n'étions plus là, tous ses bourgeons à elle
s'étaient épanouis... en était-il ainsi? Et les coups qu'elle avait
reçus, les remèdes qu'il fallait se procurer, les deux enquêtes, sa
fille folle, le mari faible qui n'affirmait son pouvoir que par ses
manifestations intermittentes de cruauté? Janet Frame, Un été à Willowglen (Un ange à ma table)
Nous l'avons enterrée hier, et depuis que son pauvre corps inanimé est sorti de cette maison, il me semble que je suis seule sur la terre. On aime sa mère presque sans le savoir, sans le sentir, car cela est naturel comme de vivre ; et on ne s'aperçoit de toute la profondeur des racines de cet amour qu'au moment de la séparation dernière. Aucune autre affection n'est comparable à celle-là, car toutes les autres sont de rencontre, et celle-là est de naissance ; toutes les autres nous sont apportées plus tard par les hasards de l'existence, et celle-là vit depuis notre premier jour dans notre sang même. Et puis, et puis, ce n'est pas seulement une mère qu'on a perdue, c'est toute notre enfance elle-même qui disparaît à moitié, car notre petite vie de fillette était à elle autant qu'à nous. Seule elle la connaissait comme nous, elle savait un tas de choses lointaines insignifiantes et chères qui sont, qui étaient les douces premières émotions de notre cœur. Guy de Maupassant, Fort comme la mort
La
porte de la cellule était ouverte et le corps d'Amador était à
l'intérieur, replié de façon grotesque. Simón ne voulait pas
regarder, mais il l'entendit. Il n'était pas encore mort; blessé, il
murmurait dans son agonie. Il appelait sa mère. Víctor del Árbol, Par-delà la pluie
Paloma, elle, voulait être enterrée auprès de sa fille Rachel, morte plus d'un quart de siècle auparavant à l'âge de quinze ans. Personne n'avait su que Paloma avait eu un enfant, et qu'elle l'avait perdu, elle n'en avait jamais parlé, pas même à Clovis. Comment aurait-elle pu parler de sa fille au passé? Plutôt se taire que de la reléguer dans un temps jadis, de l'évoquer extraite du présent. Ne pas dire la mort, ne pas la nommer, pour tenter d'en limiter la portée, de contenir la douleur. Sa fille, Paloma la portait en elle, et si elle débordait autant d'énergie, de désir, de pétulance, c'était pour en nourrir cette jeune fille qui n'avait pas eu sa part de jouissance du monde, pour lui maintenir une place sur la terre. C'était pour garder Rachel en vie dans les battements de son propre cœur, et pour tenir le coup, rester elle-même en vie. Sylvie Germain, À la table des hommes
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Vous entendez l'Ave Maria de Gounod
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