Le Café Littéraire luxovien / Sorties

 

 

Visite de la Bibliothèque diocésaine de Besançon

Le mercredi 11 avril 2007,
les membres du Café littéraire luxovien
se rendaient au 20 rue Mégevand à Besançon
et visitaient la  Bibliothèque diocésaine.

 

      Au 20 rue Mégevand à Besançon, dans les bâtiments du Grand Séminaire (récemment restructuré),  là où Stendhal situe certains chapitres de Le Rouge et le Noir, nous avons découvert une de ces bibliothèques à l'ancienne, telles qu'elles sont décrites dans les livres.

      Odeur particulière qui saisit en entrant, de bois, de cire, de vieux grimoires. Grande salle à plafonds hauts, (anciennement de conférence, à présent de lecture), étagères couvrant entièrement les murs sauf les étroites ouvertures des fenêtres et les portes. Barres courant près du plafond, afin d'y assujettir l'échelle permettant d'atteindre les derniers rayons. Larges tables carrées éclairées de petites lampes modernes à abat jour de couleurs chaudes : jaune, orange et rouge.
      Atmosphère sombre et feutrée, de recherche, de travail.

      Dans les réserves modernes, sur plusieurs étages, auxquels on accède par des escaliers de fer étroits, et de lourdes portes de métal, des rangées serrées d'étagères marquées par une lettre en début de travée, supportent des livres de toute sorte, anciens et récents. Les livres y sont alignés, non par ordre alphabétique, mais par  catégorie, indiquée par la lettre, et leur numéro d'arrivée. De bas en haut et de gauche à droite, pratique qui permet de régler la hauteur du rayon suivant, selon celle du plus haut ouvrage. Et suppose de se référer à la liste pour trouver le livre que l'on veut consulter. Liste que les responsables et aides de la bibliothèque sont en train d'informatiser (lourd et minutieux travail), en incluant sujets et mots clés, afin que les lecteurs et surtout les chercheurs, (cette bibliothèque est fréquentée surtout par des étudiants et des retraités, et est ouverte gratuitement les mardis et jeudis), puissent trouver facilement parmi les quelques 110000 volumes recélés ceux qui sont susceptibles de les intéresser. Lesquels leur sont apportés en salle de lecture.
      Aussi voit-on apparaître, dépassant des ouvrages, des codes barres collés sur des marques page bleu en papier non acide (pour ne pas abîmer celui des livres). Evolution des techniques de repérage oblige.

      Certains de ces livres sont énormes avec leurs couvertures de bois recouvertes de peau, leurs dos à nerfs, leurs inscriptions et filets d'or, leurs tranches lisses, parfois moirées, le plus souvent peintes en or ou en rouge. Moyen employé autrefois pour les épousseter plus facilement.

      Beaucoup concernent les domaines religieux, philosophique et théologique, bibliothèque diocésaine oblige. Géographique aussi, puisque l'on désirait susciter des vocations missionnaires parmi les grands séminaristes. Tout un secteur est réservé aux monographies, que l'évêque demandait aux prêtres de rédiger sur leur village, une façon de les occuper lorsqu'ils avaient peu d'ouailles.
      On trouve également quantité de livres concernant les ressources du clergé. Les affaires d'argent. Les moyens de trouver qui pourra en procurer. Les litiges... Ainsi ce lourd volume rendant compte d'un procès entre les diaconats de Luxeuil et de Saint Rémi, que Manuel Tramaux, notre guide compétent et passionné, avait spécialement sorti des rayonnages pour nous... qui venions de Luxeuil.

      Il avait également déplié sur une table à notre intention, de vieux parchemins sortis de leurs petits sacs de toile de lin dans lesquels ils sont habituellement rangés. Parchemins sauvés par un heureux hasard le jour de la confiscation puis de la destruction qui suivit lors de la révolution, (car un libraire les avait prises justement ce jour là à fin de les recycler pour couvrir les parties intérieures de couvertures de bois de livres, là où se trouve nos actuelles"deuxième" et "troisième" de couverture...) 
      Notre guide nous a fait observer comment, au cours des siècles, l'écriture et la langue avaient évolué. En effet pour savoir ce que contenait le parchemin sans l'ouvrir, un résumé était noté. Et l'on voyait que celui-ci avait été transcrit deux ou trois fois en un français et une calligraphie plus moderne.
      Ces parchemins anciens, que Manuel manipulait en portant des gants, étaient rédigés à l'encre sépia, ils dataient des années 1100, c'étaient des bulles papales. Chacune commençait invariablement (et commence encore de nos jours), par la formule latine : CALIXTE (Ici Calixte II, pape donné à l'Eglise par le diocèse de Besançon, originaire de Quingey, ou tout autre nom de pape) EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI. (= L'évêque, serviteur des serviteurs de Dieu). Le pape y apposait son sceau. Sceau rond qui est en réalité "la bulle". C'est pourquoi l'on donne le nom de bulle à ce genre de document.

      Nous avons également admiré un manuscrit de Luxeuil, richement enluminé, avec rituels et kyriale, où malheureusement de nombreuses miniatures ont été prélevées par découpage, et où les pages ont été numérotées au stylo à bille! Ce qui nous semblait sacrilège. Mais, nous assura, Manuel, cela  fait aussi partie de la vie, de l'histoire, de ce livre.

      Nous avons observé que la couleur rouge était beaucoup utilisée par les copistes. C'est la plus facile à obtenir, nous apprit Manuel. Cette couleur était réservée aux "rubriques". C'est à dire  aux titres. Et aux règles à suivre pour célébrer les cérémonies et l'office divin. Le détail des gestes à faire par le prêtre était écrit en rouge, le noir était réservé aux paroles qu'il devait prononcer à haute voix. Si bien que le mot actuel de rubrique, qui n'a plus rien à voir avec la couleur, vient de là. (Rubrique vient du latin ruber: rouge, duquel est dérivé rubrica: terre rouge).

      Notre petite déception fut de ne pas voir de texte comportant le fameux alphabet de Luxeuil, dont le X caractéristique fut inclus ces quelques vingt dernières années et jusqu'en 2005 dans le sigle de la ville. La bibliothèque diocésaine, un véritable musée pourtant,  qui recèle également plus d'une vingtaine d'incunables (ouvrages datant des tout débuts de l'imprimerie) n'en possède pas. 

 

 

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