Le Café Littéraire luxovien / Sorties

 

 

 

Le samedi 6 mai 2017 à 18h
les membres du Café littéraire luxovien
assistaient à la lecture mise en espace 
de la pièce de Christophe Maniguet 
"La menthe amère
par la "Compagnie des lustres"
à la bibliothèque municipale de Luxeuil

      Présentée pour la toute première fois au public luxovien, cette "comédie d'amour enchanteuse", était curieusement lue/jouée et même chantée par Florence Garret, Christine Vaillant, Hugo Ala, Christophe Maniguet, Joffrey Margolis acteurs amateurs de la Compagnie des lustres qui tenaient en main le livret de la pièce dont le texte n'était pas appris par cœur. 
      Une voix "off", celle de Françoise Cholley lisait les didascalies ( informations nécessaires à la compréhension, qui, dans un livret de théâtre sont les notes accompagnant les dialogues). 
      Christophe Maniguet accompagnait au piano les quelques chansons qui ponctuaient les actes. Le décor était symbolisé par quelques rubans orange scotchés sur le sol et les murs, marquant les espaces.
      Bref, une agréable distraction que cette comédie musicale, que cette sorte de petit vaudeville.

 

 

Le jeudi 9 mars 2017 
à 20h30 les membres du Café littéraire luxovien assistaient à la représentation
Tant qu'il y a les mains des hommes
 
proposée à l'Espace Molière par le
Pôle Culturel de Luxeuil-les-Bains

      Qu'est-ce qui construit l'identité d'un homme? Ce qu'il fait? Ce qu'il possède? Ceux qu'il rencontre? Sa naissance, ses racines, ses croyances, sa différence, ou son histoire? Comment avancer dans la vie quand on a une identité particulière? et surtout, que laisse-t-on après soi? 
      Un nomade voyageur et grand lecteur, un peintre, une prostituée, un écrivain exilé, une femme. Cinq personnages en quête d'identité croisent leurs routes et leurs destins: se confrontent, s'aiment, se dérangent, s'influencent...
      De ces rencontres naissent questionnement, révélation, blessures ou réconciliations. Avec l'autre, avec soi-même, avec le monde. 

      Cinq histoires intimes, et pourtant universelles, savamment tissées, tantôt avec émotion, tantôt avec rire ou dérision, par la metteur en scène Violaine Arsac, qui mêle par le biais de scènes dialoguées, dans un style se voulant moderne et rythmé, en un grandiose puzzle des textes qu'elle emprunte à Tahar Ben Jelloun, Christian Bobin, Romain Gary, Nancy Houston, Amin Maalouf, Théodore Monod, Pablo Neruda et Leila Sebbar, aux siens qui en constituent les tenons. 
      Amenant ainsi sur scène des textes,
qui n'étant pas des pièces de théâtre, n'y sont pas destinés à l'origine , en en préservant toute la beauté littéraire et en leur donnant une dimension théâtrale vivante et accessible au plus grand nombre.
     
Avec le regret de ne pouvoir discerner, tant elles s'imbriquaient en un tout, de quel auteur provenaient les paroles qui furent prononcées par les cinq personnages, les membres du Café littéraire luxovien ont apprécié ce spectacle au ton allant du quotidien qui happe le spectateur, à la poésie qui le fait rêver, cette scénographie où se mêle la symbolique, agrémentée de chorégraphies et de musiques faisant la transition entre les textes.
      Bref, un travail énorme, d'une grande humanité, présenté par la troupe du Théâtre des Possibles*, une belle réussite de théâtre moderne qui mérite tout nos applaudissements. 

*Pour ce spectacle la troupe était constituée de Frank Etenna, Aliocha Itovitch, Slimane Kacioui, Nadège Perrier et Violaine Arsac, avec une chorégraphie d'Olivier Bénard, des décors de Tanguy de Saint-Seine, des costumes de Janie Loriault et des lumières de Rémi Santo.

 

"Petites formes" à Lure à l'occasion des Petites fugues 2016 

 

Thomas Vinau, Pearl Manifold, Patrick Autréaux et Mathieu Dion à l'auditorium de Lure © M-F Godey
Thomas Vinau, Pearl Manifold, Patrick Autréaux et Mathieu Dion
 à l'auditorium de Lure / Photo M-FG

Le samedi 19 novembre 2016 
à 17 heures quelques membres du Café littéraire luxovien assistaient  
aux "Petites formes" proposées à Lure par le
CRLFC dans le cadre du festival de littérature  itinérante en franche-Comté :
Les Petites fugues

      On arriva juste à l'heure, prit son billet gratuit, puis attendit dans le petit espace aux quelques tables rondes et aux chaises rares du hall du Centre Culturel François Mitterrand de Lure. On reconnut quelques visages de festivaliers amis de longue date des Petites fugues, on profita de l'attente pour discuter, échanger programme et adresse mail dans le peu de clarté. 

      Soudain plus de sombre se fit, pas le noir complet, non, puisque les murs de verre laissaient passer les lueurs des lumières extérieures. On entendit alors une voix masculine, on discerna quelque peu en hauteur un support de lecture éclairé d'une faible loupiotte, l'arrière d'une tête d'un homme lisant en nous tournant le dos, debout, perché, mais sur quoi? caché par le public, debout lui aussi devant nous, on ne le voyait pas, table ou chaise probablement. 

      Le lecteur à voix haute anonyme lisait un texte où il était question d'un arbre. Que l'on reconnut pour l'avoir entendu travaillé par l'une des participantes à la formation lecture à voix haute qui avait eu lieu il y a peu à Pusey, à laquelle on avait participé. Mais on ne se souvenait plus duquel des deux auteurs normalement programmés à ces Petites formes de Lure il s'agissait, ni son titre. Non plus que ceux des autres lectures qui suivirent un peu plus loin dans le petit espace entre deux escaliers vis à vis, vers où l'homme nous fit déambuler. Là, montés de quelques marches, deux lecteurs, l'homme de tout à l'heure et une jeune femme, qu'on devina de la compagnie Day-For-Night, puisque c'est elle qui était annoncée dans les publicités , lurent en se répondant de larges passages d'un gros livre qu'ils tenaient en main, éclairés chacun cette fois par un vif projecteur. Mais, sauf les initiés, personne ne savait de quel nouveau livre il s'agissait, ni de quel auteur. On écouta particulièrement le texte qui s'adressait à Pierre Autin-Grenier, décédé en 2014, que le Café littéraire luxovien reçut en mars 2003. Pierre Autin-Grenier faisant partie de ces "Clochards célestes" qui ont marqué l'auteur des chapitres du livre qu'on nous lisait, et qui, par lui, leur rend hommage. Puis ceux qu'on avait deviné être les comédiens invitèrent le public à les suivre au long des escaliers qui montent à la salle de l'auditorium aux sièges confortables. Quatre personnes, dont le lecteur et la lectrice des escaliers, sur la scène en contrebas du public s'assirent sur des chaises quelque peu espacées sous trois panneaux en noir et blanc avec graphismes en taches, points ou traits noirs suspendus en hauteur et vivement éclairés. Si l'on eût consulté dans le menu le programme de cette soirée et mémorisé les noms et les visages, on aurait pu reconnaître dans les deux autres personnes, les auteurs: Patrick Autréaux et Thomas Vinau. Deux des hommes et la femme tenaient en main un livre pas très épais à couverture jaune paille, le même? des éditions Verdier? Ils en lurent tour à tour de larges passages s'entrelaçant, se répondant, on reconnut qu'il s'agissait du même vieil arbre, un orme, dont il nous fut lu précédemment dans le noir du hall, avec en plus le père âgé ou le grand-père du narrateur, mourant, le grand-père-arbre-aimé et ce qui l'habitait... Le troisième homme, assis à gauche, cheveux et petite barbe noirs, tenue sombre, tenait un livre bleu foncé. Il lut en dernier.  

Thomas Vinau à l'auditorium de Lure © M-F Godey Pearl Manifold à l'auditorium de Lure © M-F Godey Patrick Autréaux à l'auditorium de Lure © M-F Godey Mathieu Dion à l'auditorium de Lure © M-F Godey

Thomas Vinau

Pearl Manifold

Patrick Autréaux

Mathieu Dion

      Toutes ces lectures se firent dans le plus grand "incognito", on ne sait si celui-ci fut voulu. La représentante du CRLFC, elle-même ne se nomma pas lors des remerciements d'usage qui suivit, elle indiqua ce qui suspendait comme étant l'installation d'une élève des beaux-arts de Besançon.  Une personne du public le demandant en aparté, furent enfin communiqués sans trop de précision les titres des œuvres partiellement lues: "76 Clochards célestes ou presque" "Le grand vivant" et "Bleu de travail", pour ceux dont il me souvient.  

 

Thomas Vinau, Pearl Manifold, Patrick Autréaux et Mathieu Dion à l'auditorium de Lure © M-F Godey
Thomas Vinau, Pearl Manifold, Patrick Autréaux et Mathieu Dion
à l'auditorium de Lure / Photo M-F Godey

      Cet incognito aurait plu peut être à certains personnages (je pense au Simon de "L'Embardée" et des "Hautes falaises", à l'Alexis Chauvel du "Séjour à Chenecé") de l'écrivain Jean-Paul Goux que Le café littéraire luxovien recevra le 24 novembre lors des Petites fugues 2016. De même qu'aurait plu sans doute à celui-ci cette modeste déambulation vers un peu de lumière à travers les couloirs et escaliers de l'auditorium, cette animation des lieux par des voix portant des textes sombres... lui qui se complaît à les parcourir et décrire dans ses œuvres. Il n'y a que dehors qu'on n'alla pas. Sauf à traverser ce qui ne peut s'appeler jardin, que son Chaunes des "Jardins de Morgante" n'aurait sans doute pas apprécié, pour aller ensuite découvrir à quelques pas de là, à l'espace Cotin, les photos présentées par le Centre de Ressources Photographiques de Lure, sur le thème: L'Urbain. Thèmes de prédilection aussi de Jean-Paul Goux: destruction, reconstruction plus ou moins heureuses des villes, des bâtiments, mise en mémoire par la photographie.

 

 

 

Ballade-cueillette-myco-poétique au Pays des Mille étangs

Photos : François & Bernadette Bresson
Marie-Françoise Godey

 

le vendredi 23 novembre 2012 
dès 14 heures 30
organisée par le Collectif d'artistes 
Carte Blanche

avec l'aide du CRLFC,  
dans le cadre des Petites fugues, festival de littérature contemporaine itinérante en
 Franche-Comté


Montée guidée par Frank Morzuch©M-F G
 

     Participer à la demi-journée organisée par l'association Carte Blanche, dont Zouleikha et Frank Morzuch, à Faucogney-et-la-Mer, sont les chevilles ouvrières, et pour qui la marche est l'un des beaux-arts, c'est tout d'abord, sous le titre anodin de "ballade", arpenter un long chemin abrupt qui conduit à des étangs hauts perchés entourés de sapinières, de bouleaux et de mousses dans lesquelles croissent encore en cette fin d'automne de toutes petites chanterelles grises que le maître des lieux nous apprendra à reconnaître. 

 

 

 

      Une halte au cours de la montée permet de reprendre souffle en écoutant Catherine Cretin (comédienne intermittente du spectacle et accompagnatrice du CRLFC) lire la jeune auteur dépéchée cette année à Faucogney pour la manifestation littéraire des Petites  fugues, Aude Seigne. Étonne le nombre de livres, et leur poids!, qu'Aude transporte dans ses bagages lorsqu'elle voyage, car ce texte évoque les villes parallèlement au souvenir des lectures qu'elle y a faites.

 

 

 

      Sur les hauteurs, vers un premier étang, sous le couvert épars de grands épicéas, on s'égaille à la recherche des dits champignons. Et on en trouve énormément et facilement. Dame! peu doivent se donner la peine d'aller les cueillir si haut tant la montée est rude, et la descente non moins dans un sentier encore plus pentu rendu glissant par les feuilles humides recouvrant le cailloutis. 

Ballade à Faucogney Petites fugues 2012© M-F Godey
©F.B
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Aude Seigne et Catherine Cretin à Faucogney© François Bresson
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coute et lecture/Aude Seigne et Catherine Cretin©F.B

Ballade à Faucogney Petites fugues 2012© François Bresson
Au sommet
©F.B

Ballade à Faucogney Petites fugues 2012© M-F Godey
Au sommet
©M-F G

Ballade à Faucogney Petites fugues 2012© M-F Godey
Eparpillement à la cueillette©M-F G

      Mais avant de redescendre on aura contourné deux ou trois étangs entre  fougères, mousses et  bruyères. 

      Près d'une cabane au bord de l'eau, Aude nous aura donné lecture à son tour d'un chapître de ses "Chroniques de l'Occident nomade" qui reçut le prix Nicolas Bouvier en 2011. 


Ballade à Faucogney Petites fugues 2012© François Bresson
©F.B.

Aude Seigne à Faucogney Petites fugues 2012© Marie-Françoise
Aude Seigne sur les hauteurs de Faucogney©M-F G

     Dernier effort en toute fin de ballade, chacun, chacune, est invité à monter deux ou trois bûches dans la grosse maison des Morzuch sise au 2 place Saint Georges. Elles vont alimenter les cheminées de deux vastes salles du premier étage réservées aux expositions et rencontres avec des artistes. Salles aux murs de pierres apparentes et brutes de l'immense bâtisse, au coin du feu desquelles on est invité à s'asseoir sur un mobilier rustique, de bois, conçu et réalisé par l'artiste Frank Morzuch, en dégustant café ou thé au romarin sucré à la mode marocaine, tranche de kouglof...

 

      ...avant qu'à six heures soient présentés deux films réalisés par la plasticienne-vidéaste invitée en parallèle aux Petites fugues par l'association Carte Blanche: Delphine Ziegler
      Le premier, Riviera est fabula, met en scène un personnage par elle façonné qui dérive sur un radeau au fil de l'eau...  Le second, Tangmo, a été tourné dans un village de Chine où le canal est l'artère principale du village et source d'inspiration pour l'écriture et la danse de ce film pour la réalisation duquel Delphine Ziegler a bénéficié avec la danseuse-chorégraphe, Aurore Gruel, d'une résidence de douze jours
. En voir quelques images.
      

 

Delphine Ziegler à Faucogney_Photo François Bresson
Delphine Ziegler invitée par l'association 
Carte Blanche à Faucogney, ©F.B.

Aude Seigne et Catherine Cretin à Faucogney © M-F Godey
Aude Seigne et Catherine Cretin à Faucogney ©B.B

    Enfin, après un repas convivial incluant les fameux champignons de la cueillette, et réunissant auteur, artistes, membres et invités de l'association Carte Blanche ainsi que les amateurs des Petites fugues en visite, dont quelques membres du Café littéraire luxovien, arrive le moment de la Lecture-rencontre avec Aude Seigne.
      

Aude Seigne à Faucogney_Photo:Bernadette Bresson
Aude Seigne à Faucogney ©B.B.

      Nous avions eu le privilège de la côtoyer toute l'après-midi et d'échanger avec elle en toute simplicité durant le repas puisqu'elle était à notre table, Aude Seigne, pour nous, n'était plus une totale inconnue, nous savions même qu'offrant sa part, elle ne mangeait pas de champignons, nous allions la découvrir plus avant dans ses textes et dans ses réponses aux questions qu'ils suscitent.

 

 

 

Découverte de la colline de Sion

 

Le samedi 7 juillet 2012, les membres du Café littéraire luxovien et de l'Atelier Poterie du CLEC se rendaient sur la colline de Sion-Vaudémont en Meurthe-et-Moselle.
 Ils y visitaient une exposition land'art de céramiques contemporaines et un marché des potiers qui se tenaient sur les lieux chers à Maurice Barrès.

 

     Le soleil était au rendez-vous, accompagné de vent. Mais il est vrai que la colline de Sion est un des "lieux où souffle l'esprit" comme l'écrivait Maurice Barrès, natif de Charmes, dans son roman, La colline inspirée, paru en 1913. Un vent qui agitait les mobiles de porcelaine en leur faisant rendre un son cristallin. Un vent qui attisait les fours primitifs réalisés en différentes techniques par les stagiaires des ateliers poteries qui se déroulent  à Sion tous les ans  en juillet. Mais qui ne décoiffait plus les "coiffures d'argile", performances réalisées ce samedi 7 juillet lors de notre sortie commune Café littéraire luxovien et Atelier poterie du CLEC à l'occasion des Chemins de la céramique de Sion et du marché des potiers qui se tiennent chaque premier week-end de juillet sur la colline de Meurthe et Moselle où nous nous étions rendus depuis Luxeuil dès le matin.

  

  

      Sorte de bastion naturel qui domine le plateau lorrain de plus de 545 mètres, la colline fut un lieu stratégique de premier plan dès la préhistoire, en témoignent des vestiges archéologiques, elle est couronnée par une basilique, Notre Dame de Sion, dont la statue tout en haut du clocher, coiffée d'une couronne qui nous a semblée, vue du bas, étrangement plus ornée de pics de barbelés que d'étoiles... Cette colline est lieu de pèlerinage très fréquenté l'été.
      
       Nous avons tout d'abord déambulé dans le vaste pré verger où se tenait l'exposition land'art dont le thème,  consacré à la Bretagne cette année, avait pour titre: "Gwenodenn ar Sion". Nous y avons admiré les œuvres d'argiles devenues pierre après cuisson, biscuits et céramiques de toutes techniques. Tous objets, animaux et personnages émergés de la glaise. Nombreux poissons, fleurs, moules ou huîtres perlières  de porcelaine émaillées de blanc avec des effets de cristallisation, également des œuvres inspirées de la légende du roi Arthur, ainsi qu
'entre autres réalisations, de nombreuses "bigoudènes".

 

  

  

 

      Depuis les points de vue, nous avons vu s'étendre  la vaste plaine de Lorraine sur laquelle se dressent les buttes témoins que sont Sion et Vaudémont où Maurice Barrès situe son roman historique: La colline inspirée. Dont nous avons relaté les grandes lignes et lu à haute voix quelques passages lors de la pause déjeuner à l'ombre de vénérables tilleuls sur une table de bois, forcément en plein vent:

      "Un beau fruit s'est levé du sein de la colline. Dans ce vaste ensemble de pierrailles, d'herbages maigres, de boqueteaux, de halliers toujours balayés du vent, tapis barbare où depuis des siècles les songeries viennent danser, il est un coin où l'esprit a posé son signe. C'est la petite construction qu'on voit là-haut, quatre murailles de pierres sur une des pointes de la colline. L'éternel souffle qui tournoie de Vaudémont à Sion jette les rumeurs de la prairie contre cette maison de solidité, et remporte un message aux friches qu'il dévaste. (...) 
      Visiteurs de la prairie, apportez-moi vos rêves pour que je les épure, vos élans pour que je les oriente. C'est moi que vous cherchez, que vous voulez à votre insu. Qu'éprouvez-vous? Le désir, la nostalgie de mon abri. Je prolonge la prairie, même quand elle me nie. J'ai été construite, à force d'y avoir été rêvée. Qui que tu sois, il n'est en toi rien d'excellent qui t'empêche d'accepter mon secours. Je t'accorderai avec la vie. Ta liberté, dis-tu? Mais comment ma direction pourrait-elle ne pas te satisfaire? Nous avons été préparés, toi et moi, par tes pères. Comme toi, je les incarne. Je suis la pierre qui dure, l'expérience des siècles, le dépôt du trésor de ta race. Maison de ton enfance et de tes parents, je suis conforme à tes tendances profondes, à celles-là même que tu ignores, et c'est ici que tu trouveras, pour chacune des circonstances de ta vie, le verbe mystérieux, élaboré pour toi quand tu n'étais pas. Viens à moi si tu veux trouver la pierre de solidité, la dalle où asseoir tes jours et inscrire ton épitaphe." 

      L'après-midi fut consacrée à des visites plus intérieures et plus techniques. Oeuvres en cours de réalisation. Démonstrations et animations. Modelage, émaillage, cuissons primitives et Raku... Nous avons arpenté les lieux à nous accessibles entre Basilique, abri du pèlerin, couvent, verger et autre prés. Devant l'ancien couvent, sur la vaste terrasse dominant la plaine lorraine nous avons visité le marché des  artistes potiers venus nombreux des régions de France et d'ailleurs exposer et vendre leurs pièces originales de toute beauté.

   

      La colline de Sion est bien un lieu où souffle l'esprit, l'esprit créatif ces journées-là, un lieu choisi par l'association Al Terre Native, organisatrice, avec l'aide du conseil général de Meurthe-et-Moselle, de ces "Chemins de la céramique" qui attirent chaque année en juillet artistes consacrés, artistes en herbe et public averti.

      Au retour, nous nous sommes arrêtés  au pied du monument dédié à Maurice Barrès (1863-1923), lieu dominant lui aussi le saintois, d'où s'élancent par beau temps et bon vent de nombreux parapentistes. Un peu plus loin encore, à flanc de colline, à croupetons, nous avons gratté patiemment quelques décimètres carrés d'une butte de terre calcaire pour tenter d'en extraire quelques minuscules crinoïdes, les fameuses "étoiles", qui font partie de la légende attribuée à Notre Dame de Sion. Crinoïdes qui sont en fait des restes fossilisés d'animaux qui vivaient dans la région à la période du Jurassique lorsque la région était recouverte d'une mer chaude. 

  

      Ainsi, visiter Sion, c'est  l'occasion de faire de la poterie, de la littérature, mais aussi de l'histoire, de l'archéologie et même de la géologie !

 

 

 

Visite de la Bibliothèque diocésaine de Besançon

Le mercredi 11 avril 2007,
les membres du Café littéraire luxovien
se rendaient au 20 rue Mégevand à Besançon
et visitaient la  Bibliothèque diocésaine.

 

      Au 20 rue Mégevand à Besançon, dans les bâtiments du Grand Séminaire (récemment restructuré),  là où Stendhal situe certains chapitres de Le Rouge et le Noir, nous avons découvert une de ces bibliothèques à l'ancienne, telles qu'elles sont décrites dans les livres.

      Odeur particulière qui saisit en entrant, de bois, de cire, de vieux grimoires. Grande salle à plafonds hauts, (anciennement de conférence, à présent de lecture), étagères couvrant entièrement les murs sauf les étroites ouvertures des fenêtres et les portes. Barres courant près du plafond, afin d'y assujettir l'échelle permettant d'atteindre les derniers rayons. Larges tables carrées éclairées de petites lampes modernes à abat jour de couleurs chaudes : jaune, orange et rouge.
      Atmosphère sombre et feutrée, de recherche, de travail.

      Dans les réserves modernes, sur plusieurs étages, auxquels on accède par des escaliers de fer étroits, et de lourdes portes de métal, des rangées serrées d'étagères marquées par une lettre en début de travée, supportent des livres de toute sorte, anciens et récents. Les livres y sont alignés, non par ordre alphabétique, mais par  catégorie, indiquée par la lettre, et leur numéro d'arrivée. De bas en haut et de gauche à droite, pratique qui permet de régler la hauteur du rayon suivant, selon celle du plus haut ouvrage. Et suppose de se référer à la liste pour trouver le livre que l'on veut consulter. Liste que les responsables et aides de la bibliothèque sont en train d'informatiser (lourd et minutieux travail), en incluant sujets et mots clés, afin que les lecteurs et surtout les chercheurs, (cette bibliothèque est fréquentée surtout par des étudiants et des retraités, et est ouverte gratuitement les mardis et jeudis), puissent trouver facilement parmi les quelques 110000 volumes recélés ceux qui sont susceptibles de les intéresser. Lesquels leur sont apportés en salle de lecture.
      Aussi voit-on apparaître, dépassant des ouvrages, des codes barres collés sur des marques page bleu en papier non acide (pour ne pas abîmer celui des livres). Evolution des techniques de repérage oblige.

      Certains de ces livres sont énormes avec leurs couvertures de bois recouvertes de peau, leurs dos à nerfs, leurs inscriptions et filets d'or, leurs tranches lisses, parfois moirées, le plus souvent peintes en or ou en rouge. Moyen employé autrefois pour les épousseter plus facilement.

      Beaucoup concernent les domaines religieux, philosophique et théologique, bibliothèque diocésaine oblige. Géographique aussi, puisque l'on désirait susciter des vocations missionnaires parmi les grands séminaristes. Tout un secteur est réservé aux monographies, que l'évêque demandait aux prêtres de rédiger sur leur village, une façon de les occuper lorsqu'ils avaient peu d'ouailles.
      On trouve également quantité de livres concernant les ressources du clergé. Les affaires d'argent. Les moyens de trouver qui pourra en procurer. Les litiges... Ainsi ce lourd volume rendant compte d'un procès entre les diaconats de Luxeuil et de Saint Rémi, que Manuel Tramaux, notre guide compétent et passionné, avait spécialement sorti des rayonnages pour nous... qui venions de Luxeuil.

      Il avait également déplié sur une table à notre intention, de vieux parchemins sortis de leurs petits sacs de toile de lin dans lesquels ils sont habituellement rangés. Parchemins sauvés par un heureux hasard le jour de la confiscation puis de la destruction qui suivit lors de la révolution, (car un libraire les avait prises justement ce jour là à fin de les recycler pour couvrir les parties intérieures de couvertures de bois de livres, là où se trouve nos actuelles"deuxième" et "troisième" de couverture...) 
      Notre guide nous a fait observer comment, au cours des siècles, l'écriture et la langue avaient évolué. En effet pour savoir ce que contenait le parchemin sans l'ouvrir, un résumé était noté. Et l'on voyait que celui-ci avait été transcrit deux ou trois fois en un français et une calligraphie plus moderne.
      Ces parchemins anciens, que Manuel manipulait en portant des gants, étaient rédigés à l'encre sépia, ils dataient des années 1100, c'étaient des bulles papales. Chacune commençait invariablement (et commence encore de nos jours), par la formule latine : CALIXTE (Ici Calixte II, pape donné à l'Eglise par le diocèse de Besançon, originaire de Quingey, ou tout autre nom de pape) EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI. (= L'évêque, serviteur des serviteurs de Dieu). Le pape y apposait son sceau. Sceau rond qui est en réalité "la bulle". C'est pourquoi l'on donne le nom de bulle à ce genre de document.

      Nous avons également admiré un manuscrit de Luxeuil, richement enluminé, avec rituels et kyriale, où malheureusement de nombreuses miniatures ont été prélevées par découpage, et où les pages ont été numérotées au stylo à bille! Ce qui nous semblait sacrilège. Mais, nous assura, Manuel, cela  fait aussi partie de la vie, de l'histoire, de ce livre.

      Nous avons observé que la couleur rouge était beaucoup utilisée par les copistes. C'est la plus facile à obtenir, nous apprit Manuel. Cette couleur était réservée aux "rubriques". C'est à dire  aux titres. Et aux règles à suivre pour célébrer les cérémonies et l'office divin. Le détail des gestes à faire par le prêtre était écrit en rouge, le noir était réservé aux paroles qu'il devait prononcer à haute voix. Si bien que le mot actuel de rubrique, qui n'a plus rien à voir avec la couleur, vient de là. (Rubrique vient du latin ruber: rouge, duquel est dérivé rubrica: terre rouge).

      Notre petite déception fut de ne pas voir de texte comportant le fameux alphabet de Luxeuil, dont le X caractéristique fut inclus ces quelques vingt dernières années et jusqu'en 2005 dans le sigle de la ville. La bibliothèque diocésaine, un véritable musée pourtant,  qui recèle également plus d'une vingtaine d'incunables (ouvrages datant des tout débuts de l'imprimerie) n'en possède pas. 

 

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