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Visite de la Bibliothèque diocésaine de Besançon
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Au 20 rue Mégevand à Besançon, dans les bâtiments du Grand Séminaire (récemment restructuré), là où Stendhal situe certains chapitres de Le Rouge et le Noir, nous avons découvert une de ces bibliothèques à l'ancienne, telles qu'elles sont décrites dans les livres.
Odeur
particulière qui saisit en entrant, de bois, de cire, de vieux
grimoires.
Grande salle à plafonds hauts, (anciennement de conférence, à
présent de lecture), étagères couvrant entièrement les murs sauf les
étroites ouvertures des fenêtres et les portes. Barres courant près du
plafond, afin d'y assujettir l'échelle permettant d'atteindre les
derniers rayons. Larges tables carrées éclairées de petites lampes
modernes à abat jour de couleurs chaudes : jaune, orange et rouge.
Dans les réserves
modernes, sur plusieurs étages, auxquels on accède par des escaliers
de fer étroits, et de lourdes portes de métal, des rangées serrées d'étagères
marquées par une lettre en début de travée, supportent des livres de toute sorte, anciens et
récents. Les livres y sont alignés, non par ordre alphabétique, mais
par catégorie, indiquée par la lettre, et leur numéro d'arrivée. De bas en haut et de
gauche à droite, pratique qui permet de régler la hauteur du rayon suivant,
selon celle du plus haut ouvrage. Et suppose de se référer à la liste
pour trouver le livre que l'on veut consulter. Liste que les
responsables et aides de la bibliothèque sont en train d'informatiser
(lourd et minutieux travail), en incluant sujets et mots clés, afin que
les lecteurs et surtout les chercheurs, (cette bibliothèque est
fréquentée surtout par des étudiants et des retraités, et est
ouverte gratuitement les mardis et jeudis), puissent trouver facilement parmi les
quelques 110000 volumes recélés ceux qui sont susceptibles de les
intéresser. Lesquels leur sont apportés en salle de lecture. Certains de ces livres sont énormes avec leurs couvertures de bois recouvertes de peau, leurs dos à nerfs, leurs inscriptions et filets d'or, leurs tranches lisses, parfois moirées, le plus souvent peintes en or ou en rouge. Moyen employé autrefois pour les épousseter plus facilement.
Beaucoup
concernent les domaines religieux, philosophique et théologique,
bibliothèque diocésaine oblige. Géographique aussi, puisque l'on
désirait susciter des vocations missionnaires parmi les grands
séminaristes. Tout un secteur est réservé aux monographies, que
l'évêque demandait aux prêtres de rédiger sur leur village, une
façon de les occuper lorsqu'ils avaient peu d'ouailles.
Il avait
également déplié sur une table à notre intention, de vieux
parchemins sortis de leurs petits sacs de
toile de lin dans lesquels ils sont habituellement rangés. Parchemins sauvés par un heureux hasard
le jour de la confiscation puis de la
destruction qui suivit lors de la révolution, (car un libraire les avait prises
justement ce jour là à fin de les recycler pour couvrir les parties
intérieures de couvertures de bois de livres, là où se trouve nos
actuelles"deuxième"
et "troisième" de couverture...) Nous avons également admiré un manuscrit de Luxeuil, richement enluminé, avec rituels et kyriale, où malheureusement de nombreuses miniatures ont été prélevées par découpage, et où les pages ont été numérotées au stylo à bille! Ce qui nous semblait sacrilège. Mais, nous assura, Manuel, cela fait aussi partie de la vie, de l'histoire, de ce livre. Nous avons observé que la couleur rouge était beaucoup utilisée par les copistes. C'est la plus facile à obtenir, nous apprit Manuel. Cette couleur était réservée aux "rubriques". C'est à dire aux titres. Et aux règles à suivre pour célébrer les cérémonies et l'office divin. Le détail des gestes à faire par le prêtre était écrit en rouge, le noir était réservé aux paroles qu'il devait prononcer à haute voix. Si bien que le mot actuel de rubrique, qui n'a plus rien à voir avec la couleur, vient de là. (Rubrique vient du latin ruber: rouge, duquel est dérivé rubrica: terre rouge). Notre petite déception fut de ne pas voir de texte comportant le fameux alphabet de Luxeuil, dont le X caractéristique fut inclus ces quelques vingt dernières années et jusqu'en 2005 dans le sigle de la ville. La bibliothèque diocésaine, un véritable musée pourtant, qui recèle également plus d'une vingtaine d'incunables (ouvrages datant des tout débuts de l'imprimerie) n'en possède pas.
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