| Le Café Littéraire luxovien / Des anges | |||
J'étais alors un enfant, dit Perlut, mais je n'ai pas oublié. J'ai toujours attendu que les oiseaux viennent dans ma vie. J'ai fait des études. J'ai fait la guerre. J'ai travaillé dans une industrie. Je n'ai pas cessé alors de courir la campagne à la recherche des oiseaux que je ne connaissais pas. je me disais: «C'est en souvenir de mon père et de ma famille, et il faut bien se distraire.» Mais, ma petite Marie-Noëlle, lorsqu'on a vu la huppe, le balbuzard, le roitelet, l'effraie, la cigogne et tant d'autres, c'est forcé qu'un jour il y ait une histoire. Comprends-moi. Ce sont des envoyés tous ces oiseaux. Personne ne parle plus des anges, mais il nous faut des êtres tout pareils pour nous tenir compagnie et nous rappeler que rien n'arrive sans le Seigneur. André Dhôtel, Le couvent des pinsons
Les
anges Guillaume Apollinaire
Il existe deux sortes d'anges. Les uns aidèrent l'homme dès le début à rendre la terre habitable. Les autres s'employèrent à l'en empêcher. L'humanité n'est pas assez mûre pour qu'on lui révèle lesquels de ces anges sont bons et lesquels mauvais. Valentin le gnostique, Syntagme d'Hippolyte, vers 170 après J.C.
L'essence divine de l'homme libérée par l'art et la mort, n'est pas nécessairement bonne; elle présente deux aspects, le divin et le démoniaque, dont la lutte produit le drame de l'esprit. L'art fait simplement lever le rideau. Pears prétend que ce qui arrive ensuite est l'affaire du moraliste et non de l'artiste. Le principe est le principe démoniaque de libération... Charles Morgan, Sparkenbroke.
Certains textes gnostiques, dont on retrouve trace beaucoup plus tard dans
la tradition hassidique, évoquent celui que j'appellerai ici l'Ange de la
naissance et qui sans doute n'est pas sans lien avec l'Ange gardien du
christianisme tardif. Il existe, pour reprendre l'expression du romancier
scandinave Pär Lagerkvist, un pays des âmes, un grand lac de semence où
les êtres participent de la lumière et de la béatitude divine. Mais
l'archonte suprême ordonne de temps à autre à telle ou telle de ces
âmes de s'incarner et il charge l'Ange de mener l'oeuvre à son terme,
car bien entendu l'âme ressent devant cette incarnation angoisse et
regrets. Bien malgré elle, la voilà condamnée à trouver place dans le
ventre de la femme. Claude Mettra, De la terre visible aux terres de l'invisible.
...Mary eut un léger frémissement du coin des lèvres, qui accentua la gravité du visage, privilège du sourire de l'extrême jeunesse et, dans ses yeux brillait le reflet en miniature d'une fenêtre, on lisait également, mêlée au tragique amour des femmes pour la vie, cette sauvage ténacité de l'enfance faite à demi de doute et de défi, et qui, avec le détachement passionné d'un tigre ou d'un ange, semble considérer ce monde d'après un univers qui lui est secrètement familier. Charles Morgan, Sparkenbroke.
...deux âmes se regardent, se reconnaissent, s'identifient, se confondent? Tant est cruelle et splendide l'exigence de l'ange que nous portons en nous, qui vit en nous. Au pays des âmes. Certes, la vie vaut d'être vécue puisqu'elle est porteuse d'esprit, d'âme et que celui-ci ou celle-ci (Lagerkvist semble jouer indifféremment de l'un ou de l'autre) est capable d'amour comme Pascal disait que les hommes sont capables de Dieu. Régis Boyer, Introduction à "Âmes Masquées" de Pär Lagerkvist.
Ce récit transporte le lecteur au pays où séjournent les âmes. Là, nous savons que tout est parfait, tout est beau et sublime, pas comme ici. Des êtres que nous ne pouvons concevoir qu'imparfaitement, dont nous n'avons qu'une intuition partielle y mènent une vie transfigurée. Leur existence dépasse le monde de la réalité, de l'abjection. Seule, la perfection règne chez eux, où que l'on aille, où que l'oeil ébloui regarde. Tel est le pays de l'âme, sa véritable patrie. Et dans ce pays, c'est toujours fête. C'est toujours bal masqué. Pär Lagerkvist, Âmes Masquées.
Les gens de scène et du cirque aiment se représenter avec des ailes et se prendre pour des anges. L'ange est un artiste qui aime se déguiser et se montrer en scène: dans Les Ailes du désir, de Wim Wanders, l'espace du cirque est celui où l'ange Damien rencontre les hommes et la trapéziste Marion. Olivier
Mongin, Qui fait l'ange?
Mais ce qu'on apprend de surprenant avec Wanders, c'est que les anges
envient les hommes. Ils observent les humains avec étonnement, admiration
et compassion, et toujours avec un petit peu de jalousie. De quoi sont-ils
jaloux? De la finitude des mortels. De leur fragilité. De leur
inscription dans le temps. De leur "avoir froid", "avoir
faim", "goûter le sucré". Ou encore de l'aube glaciale
qui les amène à se frotter une main contre l'autre, à ressentir la
chaleur d'une tasse de café. Regret encore de ne pas vivre le cafard,
l'incertitude, le "mourir d'amour" et la peur de la mort. Peter
Pâl Pelbart, Le carnaval
Ce
soir mon coeur fait chanter monte
et se décide Rainer Maria Rilke, Vergers.
Dans ce long monologue, "tu" est l'objet de mon récit, en fait
c'est un moi qui m'écoute attentivement, "tu" n'est que l'ombre
de moi. Gao Xingjian, La montagne de l'âme.
Etes-vous l'une de celles pour qui le mot "ange" n'a aucun sens?
demanda-t-il à Mary. Charles Morgan, Sparkenbroke.
Sous le ventilateur de style colonial, une peluche anthropomorphe avait
tendu son arc en attendant que ça passe. Elle n'avait pas l'air enchanté
de tendre son arc, la peluche anthropomorphe, mais bon, on ne lui
demandait pas son avis. Florent Kieffer, Dernière vie d'ange.
― Selon je ne sais plus quel vieil auteur de science-fiction au crâne dégarnit, me disait-il, n'importe quelle technologie suffisamment en avance sur son temps passerait pour de la magie. Cela dit, mon petit Azazel n'est pas une bizarrerie extraterrestre mais un démon en bonne et due forme. Et il a beau ne mesurer que deux centimètres de hauteur, il peut faire bien des choses stupéfiantes. Azazel, Isaac Asimov.
À ce moment, d'un banc situé près de la sortie de la rue Bronnaïa, quelqu'un se leva et vint à la rencontre du rédacteur en chef. Et celui-ci reconnut le citoyen qui, cet après-midi, en plein soleil, s'était modelé dans l'épaisseur torride. Seulement, maintenant, il n'était plus aérien, mais charnel, comme tout le monde, et dans le crépuscule qui tombait, Berlioz distinguait parfaitement ses petites moustaches semblables à du duvet de poule, ses petits yeux ironiques d'ivrogne, et son pantalon à carreaux, remonté si haut qu'il découvrait ses chaussettes blanches, en révélant leur saleté. Le Maître et Marguerite, Mickhaïl Boulgakov.
" Me voilà en quête du diable. Je blémis sur les livres magiques
de Cornelius Agrippa et j'égorge la poule noire du maître d'école mon
voisin. Pas plus de diable qu'au bout du rosaire d'une dévote! Néanmoins
il existe: ―
saint Augustin en a, de sa plume, légalisé le signalement: «Daemones
sunt genere animalia, ingenio rationabilia, animo passiva, corpore aerea,
tempore aeterna.»
Cela est
positif. Le diable existe. Il pérore à la chambre, il plaide au palais,
il agiote à la bourse. On le grave en vignettes, on le broche en romans,
on l'habille en drames. On le voit partout, comme je vous vois. C'est pour
lui épiler mieux la barbe que les miroirs de poche ont été inventés.
Polichinelle a manqué son ennemi et le nôtre. Oh! que ne l'a-t-il
assommé d'un coup de bâton sur la nuque! Gaspard de la Nuit, Louis Bertrand
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