| Le Café Littéraire luxovien/ L'Or |
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Mais l'or est bien plus qu'un matériau. Il est un symbole et, depuis les premiers âges de l'histoire se confond avec la légende. Signe de richesse, produit de luxe, on le connaît chez tous les peuples, dans toutes les civilisations et, au fil des millénaires, il a marqué toutes les étapes de l'histoire du monde. Pierre Guillemot et Pierre Nouaille, L'Or des légendes et des trésors.
L'autre jour, me promenant tout seul au fond des Vosges, du côté de Sainte-Marie-aux-Mines ; comme il avait beaucoup plu, sur la montagne, pendant des semaines, la terre, inondée, s'écroula dans la bouche d'une caverne et je bondis de côté, pour me préserver ; Les rochers roulèrent dans le vallon, le sentier s'obstrua et la boue s'étant éboulée parmi les racines des sapins, -- je m'approchai, prudemment, de la trouée qui saignait au flanc de la paroi et j'aperçus, en écartant feuilles mortes et divers débris, j'aperçus dans l'ombre brune, quelque chose qui vaguement luisait, comme un essaim d'étoiles que recouvrait du sable rouge, des cailloux, des branches moisies, des racines et de la nuit ; Arrivé au pied de la « chose » qui brillait, je découvris, à mes pieds, à portée de ma...main, une pépite d'or qui (me dira le pharmacien du village) pèse 7,74 kg (j'avais déjà vu de l'or brut , au cinéma)... Très joyeux, je fractionnai l'or sauvage, en plusieurs morceaux d'un kilo chacun et je fis 7 ou 8 fois la navette avec la Suisse, pour y placer (en toute sécurité) ma nouvelle, surprenante fortune ! ... Il y en avait (m'ont avoué les peseurs d'or de la Banque Helvétique de Lausanne) pour bien 500 millions de centimes ; « Avec çâ, notre cher monsieur, vous pouvez vous reloger dans les mimosas de la Rivierâ, vous savez ! ... On peut vous acheter du cheptel en Argentine, ou du café au Brésil, du voilier en Australie, du bureau à New-York ; vous toucherez 9 à 11 % par an, c'est-à-dire environ 5 briques par mois ; je veux dire, plus de 1.000 F par jour, -- qu'en pensez-vous ? ... » Je ; signe ; où ? ... Mais vous me ferez mon virement trimestriel, par le Luxembourg, très discrètement ou per votre guichet de Kehl-am-Rhein ; -- «Voyons, Monsieur Kah, il va de soi que vous n'aurez pas même besoin de vous déplacer ; nous avons d'excellents garçons-de-course qui, dans un rayon de 500 km vont livrer à domicile, nos clients les plus importants » ; Jean-Paul Klée, Mon coeur flotte sur Strasbourg comme une rose rose (BF éditions).
Cherchant les signes gravés sur les pierres, mon coeur bondissant chaque fois que je découvrais un trait, une marque, marchant droit, instinctivement, vers le ravin où mon grand-mère a passé tant d'années de sa quête, est-ce que je suis encore moi-même? Ou bien, comment puis-je chercher ce trésor qui n'est que mirage, scruter la vallée à la recherche de bouleversements de terrain, évaluer le travail de sape de l'érosion, l'usure du vent et des embruns de la mer? Celui qui cherche l'or doit d'abord s'oublier soi-même, il doit devenir un autre. L'or aveugle et aliène, l'or brûle ses feux dans le néant. Ici, au fond de la vallée aride, dans le ravin où mon grand-père a fouillé et cherché si longtemps, où l'air pèse et brûle comme au fond d'une crevasse, quelque chose trouble l'intelligence, affole les sens. Je me souviens maintenant de l'histoire que me racontait un Indien de Manéné, dans la forêt du Darien panaméen, à propos de cet Américain obsédé par la quête de l'or, à qui l'on avait fait boire une dose de suc de Datura: soudain devenu fou, il courait tout nu à travers le village,prenant dans ses mains la fiente des poules qui brillait à ses yeux comme de l'or! Ici, comme au Darien, c'est vrai, il me semble avoir atteint une extrémité du monde, un cul-de-sac. C'est l'or, ou la solitude, ou peut-être cette terre sur laquelle s'est brisé le désir des hommes, parce qu'elle était plus stérile qu'eux. Jean-Marie Gustave Le Clézio, Voyage à Rodrigues.
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