J'avais une migraine affreuse, je ne pensais plus, je ne vivais pas.
J'étais indifférente à toutes choses.
George
Sand, Histoire de ma vie

La
migraine prend à Madame quand elle veut, où elle veut, autant qu’elle
le veut. (...)
L'affection
dont les ressources sont infinies pour les femmes, est la migraine. Cette
maladie, la plus facile de toutes à jouer, car elle est sans aucun symptôme
apparent, oblige à dire seulement :"J'ai la migraine".
(...)
Aussi la migraine est-elle, à notre avis, la reine des maladies, l'arme
la plus puissante et la plus plaisante employée par les femmes.
Honoré
de Balzac, Physiologie du mariage.
Mon
corps ne m'existe à moi-même que sous deux formes courantes, la migraine
et la sensualité. Pourquoi, à la campagne, dans le Sud-Ouest, ai-je des
migraines plus fortes, plus nombreuses? Qu'est-ce que je refoule? De quels
dérèglements mes migraines sont-elles la trace?
Roland
Barthes
Matinée
toute occupée à amadouer une forte migraine que j'ai traînée tout le
jour d'hier et qui ne m'a guère laissé dormir de la nuit.
De
nouveau l'esprit disjoint, disloqué, mon organisme tout entier est comme
ces maisons trop sonores où du grenier l'on entend tout ce qui se
fabrique dans la cuisine.
André
Gide.
Il
faut un chaos pour accoucher d'une étoile.
Nietzche.
Dans
l'angle du sourcil sont blottis cinq diablotins suspendus à l'extrémité
d'une scie pour qu'elle s'enfonce plus avant dans la tête.
Alfred
de Vigny.
"
Ma migraine me pourmenoit si rudement qu'à grand'peine j'ouvrois la
bouche...Je ne suis pas sorti de la maison parce que la migraine m'a
atrocement tourmenté pendant trois jours. Je suis resté tout le dimanche
sans rien prendre. Aujourd'hui, après cinq heures du soir, j'ai commencé
à manger...Depuis deux ans, je n'avais pas eu une si violente attaque de
migraine".".
Jean
Calvin (4 octobre 1546).
Le
spécialiste vint avec sa trousse chargée de tous les rhumes de ses
clients, comme l'outre d'Eole. Il prétendait que migraine ou colique,
maladie du cœur ou diabète, c'est une maladie du nez mal comprise....
Marcel
Proust, Le côté de Guermantes.
Mon
mal de tête endormi s'est réveillé et je ne sais en vérité si je
devrais terminer cette lettre dans la position où je me trouve.
Victor
Hugo.
La
maison est dans un état pitoyable : depuis que l'on répare la salle à
manger, surtout, on a l'air d'habiter au milieu des ruines. J'ai pour
distraction la conversation des ouvriers, le père Senart qui ne me paraît
pas fort du tout, et l'illustre Migraine qui sort de mon cabinet à l'
instant. Il me tarde bien de m'en aller, et de bécoter tes bonnes joues.
J'ai
cet après-midi une migraine atroce avec des oppressions telles que j'ai
du mal à tenir à ma table.
Gustave
Flaubert, Correspondance.
Comme
elle ne pouvait atteindre sa tête avec ses mains, elle essaya de baisser
sa tête vers ses mains et découvrit avec plaisir que son cou se pliait
et se repliait de tous côtés comme s'il eût été un serpent.
Lewis
Carroll, Alice au pays des merveilles.
Je
vais bien ce matin, sauf ma tête oh ma tête !
La douleur têtue ne veut rien lâcher,
pas même un bout ténu.
Du côté de l'oreille sa rage sourde aboie,
chienne acariâtre à l'oeuvre :
la tuer, c'est ma mort.
Il me faut supporter cette hyène,
cette peste qui me fait hoqueter,
balbutier.
Des heures, des heures plus longues que les jours ;
et ne me parlez pas des nuits !
Elle me lacère le cuir,
m'étrille la moindre pensée
depuis des années, des lustres. Après toutes les ruses,
les scènes, les potions, les couteaux,
je n'ai plus qu'un seul remède :
-- rastati ! rastou ! rasta !
rasta ! rastati ! rastou !
Alain
Jean-André, Ma tête.
A
dix heures, nous étions revenus à bord du yacht et les deux hommes
radieux m'annoncèrent que notre pêche pesait onze kilos.
Mais j'allais payer ma nuit sans sommeil ! La migraine, l'horrible mal, la
migraine qui torture comme aucun supplice ne l'a pu faire, qui broie la tête,
rend fou, égare les idées et disperse la mémoire ainsi qu'une poussière
au vent, la migraine m'avait saisi, et je dus m'étendre dans ma
couchette, un flacon d'éther sous les narines.
Au bout de quelques minutes, je crus entendre un murmure vague qui devint
bientôt une espèce de bourdonnement, et il me semblait que tout l'intérieur
de mon corps devenait léger, léger comme de l'air, qu'il se vaporisait.
Puis ce fut une sorte de torpeur de l'âme, de bien-être somnolent, malgré
les douleurs qui persistaient, mais qui cessaient cependant d'être pénibles.
C'était une de ces souffrances qu'on consent à supporter, et non plus
ces déchirements affreux contre lesquels tout notre corps torturé
proteste.
Bientôt l'étrange et charmante sensation de vide que j'avais dans la
poitrine s'étendit, gagna les membres qui devinrent à leur tour légers,
légers comme si la chair et les os se fussent fondus et que la peau seule
fût restée, la peau nécessaire pour me faire percevoir la douceur de
vivre, d'être couché dans ce bien-être. Je m'aperçus alors que je ne
souffrais plus. La douleur s'en était allée, fondue aussi, évaporée.
Et j'entendis des voix, quatre voix, deux dialogues, sans rien comprendre
des paroles. Tantôt ce n'étaient que des sons indistincts, tantôt un
mot me parvenait. Mais je reconnus que c'étaient là simplement les
bourdonnements accentués de mes oreilles. Je ne dormais pas, je veillais,
je comprenais, je sentais, je raisonnais avec une netteté, une
Profondeur, une puissance extraordinaires, et une joie d'esprit, une
ivresse étrange venue de ce décuplement de mes facultés mentales.
Ce n'était pas du rêve comme avec du haschich, ce n'étaient pas les
visions un peu maladives de l'opium ; c'étaient une acuité prodigieuse
de raisonnement, une manière nouvelle de voir, de juger, d'apprécier les
choses et la vie, avec la certitude, la conscience absolue que cette manière
était la vraie.
Et la vieille image de l'Écriture m'est revenue soudain à la pensée. Il
me semblait que j'avais goûté à l'arbre de science, que tous les mystères
se dévoilaient, tant je me trouvais sous l'empire d'une logique nouvelle,
étrange, irréfutable. Et des arguments, des raisonnements, des preuves
me venaient en foule, renversés immédiatement par une preuve, un
raisonnement, un argument plus forts. Ma tête était devenue le champ de
lutte des idées. J'étais un être supérieur, armé d'une intelligence
invincible, et je goûtais une jouissance prodigieuse à la constatation
de ma puissance...
Cela dura longtemps, longtemps. Je respirais toujours l'orifice de mon
flacon d'éther. Soudain, je m'aperçus qu'il était vide. Et la douleur
recommença.
Pendant dix heures, je dus endurer ce supplice contre lequel il n'est
point de remèdes, puis je dormis, et le lendemain, alerte comme après
une convalescence, ayant écrit ces quelques pages, je partis pour
Saint-Raphaël.
Guy
de Maupassant, Sur l'eau.