| Le Café Littéraire / Paroles & Parfums |
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Pour que la composition ait une valeur artistique il faut et il suffit que ses constituants soient délibérément choisis et proportionnés de telle manière qu'ils se conjuguent significativement pour donner une forme spécifique, donc, reconnaissable, intéressante et harmonieuse. Ce sont toutes ces exigences qui satisfaites feront d'un mélange un parfum et du parfum une oeuvre d'art. Edmond Roudnitska, Le Parfum
Il
faisait délicieux. L'air tiède était saturé de parfums. Il y avait des odeurs
fines et piquantes qui faisaient froid dans le nez comme des prises de
civettes.
Des odeurs de nuit, de
terre et de sel rafraîchissaient mes tempes.
... c'était vers la fin
de mai et des odeurs délicieuses voltigeaient, pénétraient dans les
wagons...
" Les roses sont la
principale culture pour la fabrication de l'espèce que l'on suppose venue du
Bengale. On dit que quinze cents fleurs n'en donnent qu'une goutte, vingt
fleurs se vendent un sol et une once d'essence coûte quatre cents livres. Les
tubéreuses sont cultivées pour les parfumeurs de Paris et de Londres. Le
romarin, la lavande, la bergamote, l'oranger, forment ici de grands objets de
culture. La moitié de l'Europe tire de ce lieu des essences."
Moi, quand j'écoute
cette parole, je vous assure que je les vois. Je vais vous les décrire
voulez-vous?
Ils traversaient des
résédas qui leur montaient jusqu'aux genoux comme un vrai parfum. À côté
d'eux était un champ d'héliotropes, d'une haleine si douce de vanille,
qu'elle donnait au vent comme une caresse de velours. Alors ils s'assirent au
milieu d'un bouquet de lis qui avait poussé là. Les lis leur offraient un
refuge de candeur au milieu de la sollicitation ardente des chèvrefeuilles suaves, des violettes musquées, des verveines exhalant l'odeur fraîche d'un
baiser, des tubéreuses soufflant la pâmoison d'une volupté mortelle... Des
cortèges de pavots s'en allaient à la file, épanouissant leurs lourdes
fleurs d'un éclat fiévreux. Des daturas trapus élargissaient leurs cornets
violacés, où des insectes venaient boire le poison du suicide... Et les
jacinthes et les tubéreuses se mouraient dans leur parfum...
La nuit descend, prompte
à se fermer sur ce jardin dont la grasse verdure demeure sombre au soleil.
L'humidité de la terre monte à mes narines: odeur de champignons et de
vanille et d'oranger... on croirait qu'un invisible gardénia, fiévreux et
blanc, écarte dans l'obscurité ses pétales, c'est l'arôme même de cette
nuit ruisselante de rosée... C'est l'haleine, par-delà la grille et la
ruelle moussue, des bois où je suis née, des bois qui m'ont recueillie...
J'ai oublié l'heure de manger, celle de dormir approche... Venez, mes
bêtes... Venez ! avec moi vers la lampe qui vous rassure. Nous sommes seuls
à jamais. Venez! Nous laisserons la porte ouverte pour que la nuit puisse
entrer, et son parfum de gardénia invisible...
Quelle nuit ! L'odeur
des écorces et des résines surchauffées, l'odeur des arbres centenaires,
vigoureux et musqués comme des bêtes, avait détruit tous les parfums plus
fragiles composés par la délicate alchimie du jour, et flottait seule à
présent, dans l'ombre complice, s'y déroulait lentement, pesamment, ainsi
qu'un épais brouillard, qui avait la tiédeur des choses vivantes, laissait
sous la langue un goût de sueur ou de sang...
J'étais heureuse en
cette nuit de septembre où, venant du jardin, des bouffées de jasmin et de
rosiers sauvages odorants m'inondaient. J'aspirais profondément ces parfums
et marchais sans me soucier du chemin qui s'ouvrait à moi. Décidée à
l'aventure, j'allais en paix avec moi-même. Je ne me retournais pas pour
regarder une dernière fois l'abîme natal.
L'air tiède, embaumait,
plein de senteurs d'herbes et de senteurs d'algues... caresse l'odorat de son
parfum sauvage, caresse le palais de sa saveur marine, caresse l'esprit de sa
douceur pénétrante.
J'ayme fort bien être
entretenu de bonnes senteurs! Quelque odeur que ce soit, c'est merveille comme
elle s'attache à moi.
Les odeurs suaves, les
vives couleurs, les plus élégantes formes semblent se disputer à l'envi le
droit de fixer notre attention.
Tout agit sur la
Fosseuse (...) un parfum délicat est pour elle un plaisir presque
inépuisable; je l'ai vue jouissant pendant toute la journée de l'odeur
exhalée par des résédas.
Les roses n'emplissaient
pas l'air de leur odeur de même manière que les fleurs d'oranger. On se
penchait vers elles, on les écoutait, elles parlaient et leurs paroles
étaient du parfum. Elles ne disaient pas exactement la même chose, et
c'était une longue conversation de senteurs.
Je repris mes esprits en
buvant une rasade à la sorbetière qu'un boy venait de déposer à mes pieds,
puis, le palais rafraîchi par le parfum subtil de la rose mélangée à l'eau
de fleurs d'oranger, posai à Jacques la question qui depuis un certain temps
brûlait mes lèvres.
- Pourriez-vous m'aider
à traverser la rue ? Ses narines, que le
parfum de la femme grisait, palpitèrent comme un papillon prêt à aller se
poser sur la fleur entrevue.
Des femmes... leurs
longues jupes bouffant autour d'elles (...) et un courant d'air parfumé
circulait dans le battement des éventails.
J'entrai. Bianca se
tenait debout devant son miroir, en costume de scène : une robe à l'antique
en tissu lamé d'argent du plus bel effet. Ses cheveux brun-roux descendaient
tel un torrent de lave sur ses épaules, exhalant une odeur mélangée de
poivre et d'aiguilles de pin.
... " Ah ! Comme tu
vas te perdre sous mes cheveux, humer ma poitrine... "
Il perçoit un parfum
âpre et délicat, le parfum de sa peau, qui à l'heure de la joie, devient
enivrant comme celui de la tubéreuse, et un fouet terrible au désir...
Ses narines
palpitèrent.
Remporté là-bas pour
la centième fois, pour la centième fois les yeux fermés et dans la terreur
de l'avoir usé à force de le reproduire, il laissa remonter le moment
magique : le faible parfum de peau et de savon mêlés, les pointes dures de
leurs poitrines pressées, le tremblement de leurs genoux, les deux os de ses
hanches à elle et le vent brillant autour d'eux et cette odeur de jour et de
viande grillée à travers les cheveux accrochés à leurs cils, la secousse
à nouveau lui lança le ventre, ça marchait à chaque coup...
Vous qui venez ici dans
une humble posture
" Ferme donc la
porte. Ça sent jusqu'ici ! "
De temps en temps, je
lève un oeil pour savoir si les pubs sont terminées. Malgré moi, je finis
par en repérer certaines. Auxquelles je ne comprends rien. Images sensuelles
d'un couple en train de se dévorer du regard. Bon. Ça doit être pour
illustrer un parfum voluptueux. Non, du café. Tiens, pourquoi du café? Un
carton me l'explique: " Un café nommé Désir ".
L'exposition des Arts
décoratifs en 1925 (...) S'il faut en croire Colette, il y traînait encore
des relents détestables.
Une éphémère
brutalité, sous l'ancienne guerre, imprégna la femme d'essences qui
semblaient se réclamer d'une brutale pharmacopée, d'affreux parfums que
j'eusse voulu nommer " coup de trique " ou " à tuer un boeuf
" ou "à bras raccourci ". Plus d'une fois, je leur cédai la
place, au restaurant où ils me coupaient l'appétit, au théâtre où ils me
détournaient de la pièce. Heureusement, le mauvais goût, en France, ne
règne jamais très longtemps. Un art aussi français que la parfumerie de
luxe touche aujourd'hui à la perfection.
Le dernier passage de
Petite Chérie est parfumé. D'un très bon parfum. Meilleur que le vôtre.
Petite Chérie se ruine en senteurs exquises (...)
L'abus qu'elle a fait
des extraits de toilette a étiolé sa puberté... l'a intoxiquée.
Son visage livide
poudré à l'excès, me sembla plus que jamais le masque de la mort. Les
parfums dont, selon son habitude, il s'était inondé, ajoutaient à cette
impression funèbre et les richesses, le scintillement dont il s'entourait
m'apparurent comme un linceul d'or jeté sur un cadavre.
L'odeur des camomilles,
des menthes... remplissait le modeste appartement.
Les volets me
permettaient tout juste de distinguer ses traits, mais je la vis aller d'un
meuble à l'autre, dans la pénombre où flottait l'odeur de pharmacie que
j'avais sentie tout à l'heure.
" Comme il était
aimé ! " songeait Mme Lagave, en larmes.
Le lendemain matin, je
rencontrais ma maîtresse dans l'escalier ; elle descendait derrière moi,
vêtue de noir, les mains dans ces gants que j'avais été lui chercher la
veille, mais tête nue, et comme enveloppée dans une odeur de teinturerie et
de médicaments ; une longue insomnie bleuissait la chair autour de ses yeux,
et pour la première fois, elle me parut vieillie, moins par le durcissement
de ses traits que par le regard éteint qu'elle posa sur moi.
Soudain, elle se
décide, jette un châle sur son peignoir, glisse ses pieds dans de fins
souliers de satin et quitte la chambre. Sur les cheminées, des chandelles
achèvent de se consumer, des planchers luisent comme le bois des cercueils,
seule l'odeur des fleurs dont on a empli ce matin le palais donne vie à ce
lieu: elle rappelle à Joséphine qu'au-delà de ces murs la nature campe,
plus forte que les trônes.
" Sur le coup de
dix heures, par une inspiration subite, je suis sortie, j'ai traversé les
pelouses. Dans le silence, j'entendais le bruit que faisait le bord de ma jupe
en frôlant l'herbe épaisse où mes pieds s'enfonçaient. Il restait dans
l'ombre toute la chaleur du jour, soulevée faiblement par la brise comme une
lourde draperie. Au fond du ciel, la lune se cachait derrière des nuages en
forme de récifs, et j'allais presque à tâtons dans une obscurité pleine
des odeurs de la terre, des plantes qui s'éveillent dès que la lumière fait
naufrage. J'ai cueilli près des fossés ce rameau de buis. Si les parfums
pouvaient colorer l'air, le buis exhalerait une vapeur noire."
" Au fond de la
matière pousse une végétation obscure; dans la nuit de la matière
fleurissent des fleurs noires. Elles ont déjà leur velours et la formule de
leur parfum. "
Voici venir des temps,
où vibrant sur sa tige
La joie du jour, le jour
en fleur, un matin d'août, avec son humeur et son éclat, tout luisant,- et
déjà, dans l'air trop lourd, les perfides aromates d'automne, (...) la brume
insidieuse traînant encore au-dessus de l'horizon et qui descendra quelques
semaines plus tard sur les terres épuisées, les prés défraîchis, l'eau
dormante, avec l'odeur des feuillages taris.
Sur un guéridon placé
à côté d'elle, ma maîtresse prit un objet qu'elle sembla porter à ses
lèvres. C'était un rameau de buis et elle le respirait comme on respire une
fleur.
Le parfum dangereux et
fou des fleurs perverses.
et le parfum des
tilleuls l'amène
Ou dans une maison
déserte quelque armoire
Puissance exquise, doux
évocateurs, parfums, laissez fumer vers moi vos riches cassolettes âcres...
... Donner une âme aux
choses comme la poésie, les parfums ont cette ruse.
Toute odeur est fée.
Mais, quand d'un passé
ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des
choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus
persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps,
comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de
tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque
impalpable, l'édifice immense du souvenir.
Bertin sentait en lui
s'éveiller des souvenirs (...), il éprouvait la sensation d'une main remuant
la vase de sa mémoire (...). Il existait toujours une cause à ces
évocations subites, une cause matérielle et simple : une odeur, un parfum.
Souvent, que de fois une robe de femme lui avait jeté au passage, avec le
souffle évaporé d'une essence, tout un rappel d'événements effacés. Au
fond de vieux flacons de toilette, il avait retrouvé son vent et aussi des
parcelles de son existence et toutes les odeurs errantes, celles des rues, des
champs, des maisons, des meubles, les douces et les mauvaises, les odeurs
chaudes des soirs d'été, les odeurs froides des soirs d'hiver, ranimaient
toujours chez lui de lointaines réminiscences, comme si les senteurs
gardaient en elles les choses mortes embaumées à la façon des aromates qui
conservent les momies.
... et pourtant ce
parfum d'aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le
remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée,
une bulle formée contre une plante aquatique par l'eau de la rivière et qui
crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire
traverser tant d'années successives, tandis qu'alentours les chemins se sont
effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui
les foulèrent. Parfois ce morceau de paysage amené ainsi jusqu'à
aujourd'hui se détache si isolé de tout, qu'il flotte incertain dans ma
pensée comme une Délos fleurie, sans que je puisse dire de quel pays, de
quel temps - peut-être tout simplement de quel rêve - il vient.
" Il y a trois ans
que tu es parti. Le parfum
Aux veuves l'été est
une saison cruelle; elles ont beau travailler toute la journée comme des
damnées, il y a les soirs. De longues soirées paradisiaques, des soirées
d'avant le pêché... Madame de Breyves craignait le retour de l'été. Elle
craignait la douceur des nuits, l'arôme des fleurs, la lenteur des gestes, la
légèreté des linons. Elle craignait la tiédeur du drap sous la peau nue,
le rire de filles énervées, l'exubérance des fougères, le parfum du foin,
la saveur des fruits, et la lumière du lac. L'été, son corps retrouvait la
mémoire.
Quand par les soirs
d'été le ciel harmonieux gronde comme une bête fauve et que chacun boude
l'orage, c'est au côté de Méséglise que je dois de rester seul en extase
à respirer, à travers le bruit de la pluie qui tombe, l'odeur d'invisibles
et persistants lilas.
" Le passé a plus
de parfum qu'un bosquet de lilas en fleurs."
Machine à souvenirs,
fabrique de regrets, le nez tient, a priori, un rôle triste : il rappelle ce
qui fut gai, peut-être, mais qui n'est plus ; ou il remet en mémoire de
façon déchirante ce qu'on ignorait regretter de la sorte. Il supporte à
l'improviste les à-coups du passé, et cela d'une manière d'autant plus
violente que l'intelligence n'a rien à voir en ce domaine. Certains parfums
sont mélancoliques, menaçants, d'une métaphysique agressivité, telle
l'odeur des feux de bois à l'automne, le plus classique... " Tiens,
encore un été de passé, un hiver à venir "... et le corps tremble de
cette succession lente, inexorable, des saisons, et du peu de feux de bois
qu'il lui reste à humer.
Le lendemain matin, ils
allèrent au marché. Arnold acheta du mimosa qui sentait loin, jusqu'à
l'enfance.
Jadis, aux belles
vacances de jadis, lorsqu'elle découvrait du haut de la dernière côte, à
la sortie d'Arromanches, les larges pentes d'ardoises parmi les dômes verts
des tilleuls, elle voyait aussitôt les dalles noires et blanches du
vestibule, l'escalier de pierre, la cretonne fleurie de sa chambre - elle
respirait l'odeur fraîche, un peu sure, des couloirs aux volets toujours
mi-clos, elle s'emparait de la maison tout entière, à travers l'espace,
ainsi que le seul geste d'une main chérie est déjà pour l'amant la
certitude de la présence, et cette présence elle-même, une possession.
Il mit son visage dans
ses mains. Mais aussitôt, Rachel fut contre lui: ce parfum d'ambre qui lui
restait aux doigts pour avoir, cette nuit, manié le collier de Rachel! Il
sentit contre sa poitrine la chair ronde de l'épaule, contre ses lèvres le
grain tiède de sa peau !
Pendant des années,
j'ai gardé au fond d'un tiroir un chapelet de buis qui me venait de cette
époque. L'odeur de ces grains de bois jaune était si forte qu'il me
suffisait de la respirer pour faire revivre en moi certaines minutes de mon
La tendresse des anciens
jours leur revenait au coeur,
Nous quittâmes la
châtaigneraie pour longer les massifs d'arbustes qui se dressaient au bord
des douves. Le buis et le laurier exhalaient dans la nuit l'odeur amère de
leurs feuilles et j'entendais résonner la terre sous ma chaussure à gros
clous, mais la vicomtesse marchait sans bruit et c'était à peine si on
voyait remuer ses épaules.
Parfum, âmes, pensées,
secrets : autant de mots pour désigner le monde de la mémoire.
" Le capitaine dit
à Jeanne :
Delorat prit un air
constipé. " Je ne sais comment dire... Ça peut paraître assez malpoli
de le remarquer mais... je ne trouve pas que ça sente très bon... Il y a...
comme une odeur... (...)
Le soir tombait. Nous
tirions des bordées à cinq six milles au large de la côte, dans cette zone
irritable où les premières risées du vent de terre nous apportaient la
fragrance des jardins et les dernières rafales du vent du large qui piquait
dans la mer nous éclaboussaient d'un air chaud et froid de l'odeur de poisson
frais et de relent de safran (...).
... Et l'arôme de tout
cela lui apporte l'odeur salée de l'Océan. (...) le grand parfum des bois.
Non! Ce n'est pas la mer
que j'aime, mais la terre. Ses paysages, ses aubes légères, son parfum du
soir, sa vitalité féconde même pour laisser pousser des mauvaises herbes.
Avez-vous senti dans les
prairies au mois de Mai le parfum qui communique à Lens l'ivresse de la
fécondation (...) une petite herbe, la flouve odorante, est un des plus
puissant principes de cette harmonie voilée. Les Catasetum,
orchidées d'Amérique du Sud, offrent aux insectes qui les visitent des
substances odorantes dont ils s'imprègnent les poils des pattes. Ces
gouttelettes à forte odeur de menthe sont stockées dans une vésicule
prévue à cet effet. Seuls les mâles effectuent ces prélèvements. Puis
revenus sur leurs territoires, ils le marquent en réémettant le parfum par
mouvement vibratoire des ailes qui simule l'action d'un vaporisateur. Le
territoire ainsi marqué est prêt pour les parades nuptiales. Ici l'orchidée
offre à l'insecte un parfum qui lui permettra d'attirer et de séduire sa
femelle. Ce que fit l'homme aussi, lorsqu'il survint beaucoup plus tard dans
l'histoire de la vie, croyant inventer un stratagème que cet insecte
connaissait bien avant lui. Eternelle stratégie de la séduction, qui
emprunte à la fleur ces arguments souvent décisifs que sont les parfums.
Monsieur Spitzweg n'est
pas un séducteur. Il devrait fumer la pipe, installer autour de lui une
fumée de Hollande et de miel. Alors sa silhouette anonyme s'allongerait d'un
sillage parfumé, mélancolique. On lui prêterait des conforts savoureux, un
savoir-faire pour choisir le tweed et le velours, quelques amours anciennes à
embrumer peut-être ?
- Non, j'aime ce tabac
brun. Il convient à ce lieu. J'associerai toujours les odeurs d'ici - le bois
de cèdre, la menthe, les figuiers et les autres parfums magnifiques et fous -
au goût du tabac.
Une autre femme eût
longuement choisi la toilette qui convenait à une démarche de cet ordre.
Elle se fût en tout cas
Tahoser ordinairement
n'était pas si matinale, et elle ne quittait guère sa couche sans l'aide de
ses femmes; jamais non plus elle ne sortait qu'après avoir fait réparer dans
sa coiffure le désordre de la nuit et verser sur son beau corps des affusions
d'eau parfumée qu'elle recevait à genoux, les bras repliés devant sa
poitrine.
Le travail sérieux
maintenant. Debout et les jambes écartées, tour à tour chantant et
sifflant, avec de temps à autre des regards vers la montre et l'horaire, tous
deux bientôt aspergés d'eau, elle procéda à l'important nettoyage de son
corps, ardemment se savonnant, studieuse et les sourcils froncés, puis se
trempant, puis se relavant et se savonnant de nouveau et se ponçant les
pieds. Promise à la mort, elle se donnait tant de peine, travaillait
consciencieusement à se faire parfaite, en bon artisan, langue un peu sortie.
Elle brûla des parfums
afin de répandre dans l'air ces douces émanations qui attaquent si
puissamment les fibres de l'homme, et préparent souvent les triomphes que les
femmes veulent obtenir sans les solliciter.
Je suis exaspérée par
le chewing-gum qu'elle mâche, par l'odeur d'encens et par leurs discussions
à voix haute. Les acclamations et les danses sont insupportables. Qu'ont à
voir la passion et l'amour qu'elles chantent et dansent avec ces robes et ces
parfums?
La panthère exhale une
odeur qui est agréable à toutes les autres bêtes, c'est pourquoi elle
chasse en se tenant cachée et en attirant les bêtes vers elle grâce à son
parfum.
Pourtant Rose n'a pas
ménagé ses efforts. Sous le corsage transparent, elle a souligné ses seins
de velours noir afin de mieux faire ressortir l'éclat de leurs boutons. Elle
a usé de sa voix, de sa démarche, de ses parfums.
Vêtue d'une robe
étincelante de strass, les cheveux retenus par des épingles brillantes,
j'arrive chez mon frère comme si je venais de débarquer de Rio de Janeiro.
Mon parfum doit être très fort car maman Kaoukab a crié de sa chambre:
"Le parfum, lumière de mes yeux, est une forme d'adultère, l'homme le
hume et s'excite!" J'ai eu envi de lui répondre: "Ah! si seulement
c'était vrai."
" J'aurais dû ne
pas l'écouter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais écouter les fleurs.
Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète, mais je
ne savais pas m'en réjouir ". (...)
Elle se dressait soudain
(mais quand elle avait perdu toute confiance en elle-même, toute confiance
dans les onguents, les poudres et les parfums) et elle criait:
Il se doucha, s'habilla
d'un complet veston pied-de-poule qui semblait avoir fait les beaux jours d'un
major anglais, coiffa la casquette assortie, glissa un chronomètre en toc
dans la poche de son gilet, se vaporisa du patchouli sur le visage, un parfum
qu'il détestait.
Quand je passais après
lui, dans la salle de bain, le miroir était embué. Il y avait des
éclaboussures par terre, et pas de bouchon sur la mousse à raser qui sortait
du pulvérisateur. Sa brosse à dents était en chou-fleur.
... " Ah ! quand tu
sera mon mari, je t'habillerai, je te parfumerai, je t'épilerai (...).
Voici... de l'encens du cap Gerdefan, du ladanum, du cinnamone, et du silphium,
bon à mettre dans les sauces. "
Les jeunes princes,
beaux comme des femmes, prirent place à la droite et à la gauche de leur
père. Des serviteurs les dépouillèrent de leurs gorgerins d'émaux, de
leurs ceinturons et de leurs glaives, versèrent sur leurs cheveux des flacons
d'essences, leur frottèrent les bras d'huiles aromatiques, et leur
présentèrent des guirlandes de fleurs, frais colliers de parfums, luxe
odorant, mieux accommodé aux fêtes que la lourde richesse de l'or, des
pierres précieuses et des perles, et qui, du reste, s'y marie admirablement.
Petite Chérie, elle,
adore se glisser dans des bains moussants aux fragrances les plus diverses -
de la pomme verte à la vanille et au magnolia -, dans une salle de bains
toute électricité éteinte mais éclairée par des bougies parfumées,
disposées autour de la baignoire. Un fond de musique sur lecteur
de cassette. Et Petite Chérie flotte voluptueusement dans un songe à
demi-éveillé.
... méditations sur des
jouissances défuntes... inassouvissement des nerfs.
Je me suis souvent
demandé qu'elle est la part de l'imagination dans la définition d'un parfum,
et les industriels
Les thèmes développés
aujourd'hui autour du parfum renvoient l'écho de forces obscures et de vertus
puissantes. Ils évoquent le mystère ("Mystère" de Rochas), la
magie ("Magie noire" de Lancôme, "Sortilège" de Le
Gallion), la pureté ("Christal" de Chanel), le divin
("Kouros" d'Yves Saint Laurent: 'Le parfum des dieux vivants"),
la vie ("Vivre" de Molyneux, "La Vie" de Christian
Lacroix), la mort ("Poison" de Christian Dior). Ce décalage avec
leur fonction de séduction intrigue. Faut-il ne voir là que l'emphase du
langage publicitaire ou le reflet de représentations inconscientes?
L'histoire des parfums et les mythes qui s'y rattachent le suggèrent.
La nature est un temple
où de vivants piliers Comme de longs échos
qui de loin se confondent Il est des parfums frais
comme des chairs d'enfants, Ayant l'expansion des
choses infinies,
Un de ses biographes a
voulu concrétiser cette perception pleine, entière et voluptueuse par le
jeune Fragonard de la richesse végétale du terroir, imaginant que, sur des
toiles étendues sur la terre, pour récolter " quand les pétales
largement ouverts comme une chair amoureuse, jonchent la terre, quand les
corolles frémissent d'un dernier spasme de volupté ", le jeune homme se
roulait " avec des étirements voluptueux d'une jeune bête énamourée,
inlassablement jusqu'au crépuscule, sur cette moisson aux parfums, aux
coloris innombrables, moelleux comme un tapis d'Asie ". Concluant non
sans logique, que, " Tout son être au contact de ces feuilles satinées,
s'imprègne pour la vie d'un épicurisme souriant, et rien ne saura détruire
cet instinct, même les tristesses d'un crépuscule, celui du siècle de la
Rose, et de sa propre vie ".
La vie consciente n'a
qu'un seul et unique objectif, qui est de devenir calmement, régulièrement,
paisiblement, toujours plus conscient! Ce n'est que dans la solitude que
l'âme humaine peut mener à bien cette croyance intime ; car tant que
d'autres âmes nous encerclent, les bruits qu'elles font, les odeurs âcres et
fiévreuses qui en émanent, ne font que nous distraire et nous égarer.
Dans la vie de toutes
les femmes, il est un moment où elles comprennent leur destinée, ou leur
organisation, (...). Ce n'est pas toujours un homme (...) qui réveille leur
sixième sens endormi, mais plus souvent peut-être (...) un concert de
parfums naturels.
Laisse-moi respirer
longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage comme
un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec mes mains comme
un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air... Mon âme voyage
sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
Il lui plaisait de plus
en plus. Et voilà qu'il se présentait véritablement une occasion,
songea-t-elle, tandis qu'elle se parfumait après son bain. Pouf, pouf, pouf -
une occasion véritable. Son espoir exubérant déborda en chanson. Ils entrèrent. L'air
semblait chaud et presque étouffant, tant il était chargé du parfum d'ambre
et de santal. Sur le plafond en coupole de la salle, l'orgue à couleurs avait
momentanément peint un coucher de soleil tropical. Les Seize Sexophonistes
jouaient un refrain populaire : " Il n'est de Flacon, au monde profond,
pareil à toi, petit Flacon que j'aime. "
Je ne sais pas si je
respirais de la musique ou si j'entendais des parfums.
Les sons et les parfums
tournent dans l'air du soir,
Combien de temps ai-je
passé sur ce banc? Le bleu du ciel s'est assombri, les abeilles ne dansent
plus sur les fleurs d'où montent les parfums du soir.
Sur la main de Cénabre,
une goutte de pluie tomba, chaude, pesante, parfumée comme une goutte de
nard, et qui était l'essence même du jour évanoui.
L'âcre senteur du sol
quand tombent les averses.
L'odeur du sol, le
dernier baume autour des corps muets et frais...
Cette terre qui remonte
dans l'encre me dépassera.
Une odeur qui tenait à
la fois de celle des roses et des calices de l'oranger, mais fugitive et
sauvage, achevait de donner je ne sais quoi de céleste à cette fleur
mystérieuse...
...que donne-t-on à
Dieu ?... des parfums
Hé bien, monsieur
m'aime autant qu'il peut m'aimer; tout ce que son coeur enferme d'affection,
il le verse à mes pieds, comme la Madeleine a versé le reste de ses parfums
aux pieds du Sauveur.
En quoi vous ai-je
offensé? dit-elle tout effrayée. J'ai entendu parler d'une femme comme moi
qui avait lavé de parfums les pieds de Jésus-Christ. Hélas! la vertu m'a
faite si pauvre que je n'ai plus que mes larmes à vous offrir.
Lorsque Marie-Madeleine,
en signe de repentir lave les pieds du Christ avec une livre de nard pur,
Judas Iscariote la désapprouve en s'écriant: Face à la réaction
indignée de l'argentier des apôtres devant un gaspillage inutile, le Christ
légitime ainsi le geste de Marie-Madeleine (qui deviendra la patronne des
parfumeurs) en lui donnant un sens sacré : le coûteux nard a été versé à
une fin religieuse, en vue d'un rite funéraire.
Des senteurs et des
parfums me parvenaient des maisons et des jardins voisins. Chez nous, la
désolation avait une odeur âcre et suffocante. L'encens que mes oncles
faisaient brûler était de mauvaise qualité. Le bois de paradis n'était en
fait qu'un bois quelconque mélangé à des parfums de mauvaise qualité. Les
laveurs, pressés comme d'habitude, bâclèrent la toilette du mort et se
disputèrent ensuite avec mon oncle qui marchandait le prix de leur misérable
salaire.
... Sans vin pur, sans
autels, sans hymnes, sans guirlandes,
Comme elle ouvrait les
persiennes sur le soleil, elle eut une pensée pour Félix qui n'en jouirait
plus. Ce sombre séjour des morts, qu'évoquait parfois Emily au cours de
lectures faites ensemble, la fit frissonner. Là où tant de racines de roses
vivaient, se préparaient à faire resplendir leurs fleurs, là devait être
la fin dernière des humains?
La route est / molle /
d'ici-là !! ...
demain, je ne serai plus
rien... Oui, on vous verra encore jeune et forte, aussi fraîche, avec cette
odeur de mûres sauvages, ce parfum, et moi j'entendrai l'eau tomber goutte à
goutte sur mon cercueil, l'innombrable tassement de la terre, peut-être le
bruit d'une petite source, à travers des mètres et des mètres de craie ou
d'argile, qui s'en va, qui monte, qui se hâte vers le
Oui, ce que mon père
murmure dans un souffle entrecoupé, c'est cela le secret des morts... Le
monde que nous croyons voir n'existe pas...
L'homme promena autour
de lui un regard curieux et ses narines s'ouvrirent plus grandes : il flottait
entre ces murs une odeur pesante où de lourds parfums mêlaient à
l'héliotrope et au lilas quelque chose qui ressemblait à un relent
d'église.
Mlle Gamard, vue de loin
et à travers le prisme des félicités matérielles que le vicaire rêvait de
goûter près d'elle, lui semblait une créature parfaite, une chrétienne
accomplie, une personne essentiellement charitable, la femme de l'Evangile, la
vierge sage, décorée de ces vertus humbles et modestes qui répandent sur la
vie un céleste parfum.
... " Le but de
toute créature est la délivrance du rayon céleste enfermé dans la
matière. Il s'en échappe plus facilement par les parfums... "
Par quel trouble me
vois-je emporté loin de moi ?
Mainte fleur épanche à
regret
" Le parfum existe
à regret ", il pénètre dans les narines et s'évanouit aussitôt.
... diffuser en autrui
sa propre sensibilité, à la façon d'un fluide subtil ou d'un rare parfum:
il y avait là la joie la plus réelle, la joie la plus complète...
... l'une et l'autre
décomposition organique sur une vaste échelle et réaction chimique
incontrôlable sur les sels d'argent des photo-cellules, sont des phénomènes
de la lumière et ont, l'une et l'autre, comme la foudre l'ozone, une odeur de
ferment, une odeur sui generis que je ne puis comparer dans mon jardinet de
Provence, qu'à l'arôme que dégage un placenta de lapin jeté parmi les
fenouils : baumes de la vie, encens de la mort, senteur qui portée à la
n-ième puissance, c'est-à-dire projetée sur le plan mystique, devait être
cette suave odeur qui se répandit dans la crypte, le 12 décembre 1279, le
jour de l'ouverture du tombeau, et le 18 du même mois, le jour de la
découverte du corps, puis dans toute l'église de Saint-Maximin le 5 mai de
l'année suivante, le jour de la translation et de l'élévation des reliques
de Marie-Madeleine.
À la fois offrande à
Dieu et don de Dieu, l'odeur de sainteté est, pour le commun des mortels,
signe de la singularité qui s'exhale. Qu'elle soit, en particulier l'apanage
d'hommes qui ont renoncé à la chair et à ses désirs souligne le premier de
ses aspects. C'est, en quelque sorte, en immolant son corps que le saint se
rapproche de Dieu mais, au lieu d'offrir son sang, il lui substitue le parfum
d'un corps sanctifié par la pénitence.
comme celui que
Madeleine répandit Parfums passés des
amoureuses de renom
Et les parfums de l'âme
aussi s'atténuent
Même les bonnes soeurs
en font, de la rose et du jasmin. (...) Et je me demande ce qui se passait
dans leur tête à cornette. Parce que le parfum, c'est les Marie-Madeleine
qui en usent. Alors quoi, on ferme les yeux à la Visitation? On fait celles
qui ne comprennent pas? Dis-le moi, Francisco, le parfum, c'est le péché ou
pas?
Je rentrai à pas de
loup dans l'obscurité de notre chambre. C'était une pièce très féminine,
tendue de tissu indien, où le parfum de Laurence exquis et lourd, flottait
comme à l'accoutumée et, comme à l'accoutumée, me laisserait sans doute
quelque migraine...
" Celui qui tire de
sa poche son mouchoir parfumé régale tous ceux qui se trouvent à côté de
lui contre leur gré et les oblige, s'ils veulent respirer, à jouir de ce
plaisir."
Le parfum de sa voisine
l'incommodait. Il se pencha pour la complimenter.
La faible senteur
d'ambre qu'exhalent les crocodiles vautrés sous les tamaris...
À l'heure dite, je
descendis l'escalier, le coeur battant. L'air était lourd et saturé
d'humidité ; une odeur de vase flottait encore dans l'atmosphère, mélangée
au parfum des fleurs de lotus et des pétales de roses qui jonchaient le sol,
dessinant d'étranges motifs aux formes contournées.
En récompense, la
vieille soeur Saint-François de Sales se montra d'une amabilité rare avec
moi, me prit à part, me cajola, mais je ne lui sus aucun gré de ce
revirement, car elle me parla sans fin, promenant sur mon visage une haleine
empestée.
Comme elle pue la fourmi
! (...) Je ne l'embrasserai pas souvent ma cousine !
Mais le parfum des
pommes est plus que du passé. On pense à autrefois à cause de l'ampleur et
de l'intensité, d'un souvenir de cave salpêtrée, de grenier sombre. Mais
c'est à vivre là, à tenir là, debout. On a derrière soi les herbes hautes
et la mouillure du verger. Devant, c'est comme un souffle chaud qui se donne
dans l'ombre. L'odeur a pris tous les bruns, tous les rouges, avec un peu
d'acide vert. L'odeur a distillé la douceur de la peau, son infime rugosité.
Les lèvres sèches, on sait déjà que cette soif n'est pas à étancher.
Rien ne se passerait à mordre une chair blanche. Il faudrait devenir octobre,
terre battue, voussure de la cave, pluie, attente. L'odeur des pommes est
douloureuse. C'est celle d'une vie plus forte, d'une lenteur qu'on ne mérite
plus.
Une légère sensation
de vertige me contraignit à m'asseoir, et je dérangeais plusieurs personnes
qui ne se firent pas faute de me bousculer en représailles. La chaleur
devenait incommodante, je respirais malgré moi des odeurs à rendre malade,
car on se lavait assez peu dans nos régions, et je craignis, pendant un
instant, de ne pouvoir rester là, quand une main se posa sur mon épaule.
L'enfant a caché son
visage dans ses bras. Son nez s'écrase contre la toile cirée qui recouvre la
table, la vieille table de cuisine de la rue des Prés. Des odeurs puissantes,
âcres, acides, chaudes et molles, emplissent ses narines. Mémère, Maman,
Agathe, Papy, il ne les voit plus. Il presse le bras contre ses oreilles aussi
fort qu'il peut, pour ne pas entendre.
Comme il avait vu
descendre le soir, il avait regardé monter la matinée et vu changer le
paysage ; le suint de sa peau ensoleillée le conservait imperceptiblement
endormi ; rejoint par l'odeur de soi il se respirait à en tomber
affectueux...
De quoi jouit-on ? De
rien d'extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre
existence, tant que cet état dure, on se suffit à soi-même comme Dieu.
Sans porteur d'odeur, le
chevalier exhalait comme un parfum de jeunesse.
Satisfait de lui-même,
poupin et parfumé, Volkmaar s'inclina et s'en fut en ondulant des hanches,
laissant à sa première vendeuse le soin de rappeler les arrhes à verser. Ce
qui fut fait avec délicatesse par mademoiselle Chloé, une blonde platinée,
de menton redoutable. Ariane rougit, murmura qu'elle n'y avait pas pensé, que
sa banque devait être fermée maintenant.
L'argent n'a pas
d'odeur, d'où qu'il vienne.
Tu veux que je crois
que, même ici, l'argent n'a pas d'odeur? Tu n'y arriveras jamais, fils, notre
ville pue l'argent et les parfums! Savoir si c'est les parfums du péché?...
Eh! tu as raison, qui s'en soucie?
Pris d'une fringale
d'absolution, il acheta pour sa fille une babiole à ressort, petite mâchoire
insolente et claqueuse de dents, et pour Marianne un gros vaporisateur de
Ce n'était que
smokings, voiles de mousseline, lèvres ouvertes, orbites illuminées, tout un
peuple immobile dans la pénombre respirait d'une seule poitrine. La jambe
nue, répétée de pupille en pupille, allumait jusqu'au bar une forêt de
jambes nues, l'atmosphère était funèbre et les parfums sucrés, la musique
qu'il n'écoutait pas déchirait ses oreilles fermées, il reconnaissait ce
monde de suceurs qui fait couler des baignoires à minuit, qui ne respecte ni
lune ni soleil, qui prend champagne pour intelligence et fait des clins d'oeil
aux enfants, il reconnaissait ces gueules de papillons, ces professionnels de
l'admiration qui s'éclaboussent de leurs propres sentiments, il reconnaissait
cette façon de se grouper autour de la beauté avec des mines de
confiseurs...
Mascarille. - Attachez
un peu sur ces gants la réflexion de votre odorat.
L'odorat est un sens de
luxe octroyé par la nature.
On lui avait appris à sentir. Pas seulement odorer et dire violette, rose ou jasmin. Ce n'était jamais aussi simple. Sentir, ça voulait dire aussi comparer, dans sa mémoire, rechercher d'où venait, dans le passé, cette odeur qu'on respirait dans le présent, savoir associer en belle harmonie des matières premières odorantes et créer enfin des fééries olfactives... Aucun appareil, aucune machine, rien, absolument rien d'autre, ne pouvait remplacer le nez de l'homme. Si j'étais un de ces MM
Coty ou Guerlain, qui parfument les grands du monde entier je ne me tiendrais
pas de joie, chaque matin, en m'éveillant, à me dire que le roi d'ici, la
reine de là, le prince de ceci, la princesse de cela, j'arrive, moi, à leur
embellir encore leur existence déjà éblouissante, grâce à ce que je leur
ai créé avec mon savoir, mon inspiration, mon imagination, et aussi
sûrement, mon coeur. C'est pas possible de faire si merveilleux sans que le
coeur y soit.
Et puis des parfums.
A lui seul il (le
vestibule) était plus vaste que mes trois pièces du Café de la route et
c'était, tel que, un endroit très agréable à vivre, frais, parfumé de
l'odeur balsamique des pins, illustré de tous les côtés par des peintures
de volières et
On baignait d'essences
des colombes qu'on lâchait ensuite dans les salles de festins et qui
faisaient pleuvoir sur les invités des gouttelettes balsamiques...
L'odeur de l'encens et
de la nourriture dominait tout. Même les bruits avaient une odeur. Courir,
circuler à travers les pièces, s'allonger sur les lits ou par terre: tout
cela avait une odeur. Taj ne savait pas que les parfums étranges dont
s'inondaient les femmes venaient de l'Inde ou du désert. Quand aux parfums
européens, ils étaient réservés à l'élue du sultan. Du cliquetis de
bracelets en or, des pendentifs en forme de Coran et des ceintures se
dégageait une odeur de henné, d'huile et de jasmin.
La pièce était
fraîche, inhabitée, il y traînait un arôme acidulé de verveine, de
citronnelle, une odeur de toilette, à demi évaporée.
La vielle demeure
commençait à exhaler cette odeur malsaine qui s'attache aux maisons bâties
depuis trop longtemps.
Et cette odeur, qui
venait de l'ancienne locataire et des chats qu'elle avait eus! On avait beau
ouvrir grandes les fenêtres, par des températures de moins quelque chose,
elle ne voulait pas s'en aller. C'était une odeur immobile et épaisse, à la
fois grasse et acide, qui évoquait la malpropreté, la maladie, l'urine, les
abcès et la nourriture des hospices. Elle donnait tout le temps envie de se
laver. Elle empêchait qu'on se sente même un tout petit peu chez soi.
Déménager d'odeur, c'est ce qu'il y a de plus démoralisant.
Je regarde les autres
terrasses. La fumée monte des stations-service et des usines; tout est
recouvert d'un voile gris, comme une sorte de gaze, imprégné de l'odeur des
canalisations et des produits chimiques.
Oui, si elle partait au
galop, franchissait les murs du parc, s'en allait sur les routes, droit, tout
droit devant elle, jusqu'au château de son enfance?
... je me réveillais
plus suffoquant encore que d'habitude. La chambre sentait le parfum et l'amour
et, malgré leur double fascination sur ma personne, je me sentis dès l'aube
comme intoxiqué. Laurence heureusement était déjà partie et j'ouvris la
fenêtre, respirai longuement l'air de Paris, cet air prétendu pollué
d'essence et de poussière, qui m'avait toujours paru le plus frais et le plus
sain de la planète.
" Le T.G.V. 2525 à
destination de Bruxelles partira de la voie 8... " Mais on peut bien
parler d'ailleurs, Arnold sait désormais qu'il est ici. Cette désinvolture
du serveur, l'odeur des journaux frais, un je-ne-sais-quoi de parisien dans
l'arôme du café... Monsieur Spitzweg reprend sa valise et hume les couloirs
du métro comme un jardin d'essences rares.
Ça sentait la fonte
surchauffée, l'eau d'amidon aigrie, le roussi des fers, une fadeur tiède de
baignoire où les quatre ouvrières, se démanchant les épaules, mettaient
l'odeur plus rude de leurs chignons et de leurs nuques trempées ; tandis que
le bouquet de grands lis, dans l'eau verdie de son bocal, se fanait, exhalant
un parfum très pur, très fort.
Le riche parfum des
roses embaumait l'atelier et quand la légère brise d'été remuait les
arbres du jardin, il venait, par la porte ouverte, une lourde odeur de lilas
ou l'arôme plus délicat des aubépines rougissantes.
Je ne me sentais
heureuse que couchée sur le lit pour écouter l'histoire de Smiska le petit
poisson. Ma mère me semblait calme et belle. L'odeur de la nourriture, du
café et de la lessive s'évanouissait alors, dans la pièce qui nous servait
de maison.
J'espérais des
aventures excitantes, terrifiques, emplies de bruits, de couleurs et de
parfums, où le sang coule...
Pour Joséphine, abattre
un jeune arbre était un crime; le faire le jour où l'on s'installait dans un
lieu, un défi aux dieux. Il lui semblait que montait vers elle l'odeur encore
vivante du bois, comme un reproche.
Et quoiqu'il sût devoir
cruellement payer la possession de ce parfum de sa perte ultérieure, cette
possession et cette perte lui parurent plus désirables que de renoncer
abruptement à l'une comme à l'autre. Car il avait passé sa vie à renoncer.
Tandis que jamais encore il n'avait possédé et perdu.
Aujourd'hui, mon coeur
est vide et le buis a perdu son magnifique parfum, tout à fait, oui, tout à
fait. L'être que j'étais n'est plus.
Comme vous êtes loin,
paradis parfumé,
Trompée par ma chétive
apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à s'endormir en attendant
le bon plaisir de sa mère, et se posa près de moi par un mouvement d'oiseau
sur son nid.
Ô mon lys !... toujours
blanc, fier, parfumé, solitaire!
Ra'hel inclina sa tête
sur l'épaule de Poëri, comme une fleur trop chargée de parfums et d'amour
...
Mon coeur battait, pas
tant à cause de toutes ces couleurs de la nature qui me manquaient
profondément, que de l'odeur. Celle d'un parfum, fort, neuf et inconnu.
J'avais cueilli une marguerite et en avais mâché les pétales. La saveur
s'alliait à l'arôme. Nous nous promenions entre les fleurs, les effluves
variaient: jasmin, lys blanc, narcisse. Nous nous sommes assises sur le sable
et dans l'herbe. Nour tenait une marguerite qu'elle effeuillait. "Il
m'aime, il m'aime pas."
Depuis que s'est brisé
ce flacon de cristal
La nef où elle se
tenait, comme un trône brûlait sur les eaux; la poupe était d'or battu;
pourpres les voiles, et si parfumées que les vents en défaillaient d'amour.
Le baume exhilarant que
contenait l'eau présentée par l'Ange à Agar dans le désert
Je suis venu dans mon
jardin, ma soeur, mon épouse; j'ai recueilli ma myrrhe avec mes parfums ;
j'ai mangé le rayon avec mon miel ; j'ai bu mon vin avec mon lait. Mangez,
mes amis ; et buvez ; enivrez-vous, vous êtes mes très chers amis.
Nous obéîmes sans nous
faire prier davantage, heureux de chasser au plus vite, en décoiffant les
soupières, les remugles d'aquarium qui flottaient dans la pièce encore
humide. Bientôt, les fumets des karis, des volailles pimentées et les
fragrances des vins de Bordeaux servis en carafes l'emportèrent sur le
mélange d'odeurs de moisi et d'eau de rose qui, par bouffées, revenaient
hanter nos narines comme un mauvais rêve.
Il m'a attrapé le pied,
l'a reniflé et a murmuré: "Meilleur que le santal et l'encens!"
A l'issue des salles des
logis des dames estoient les parfumeurs et testonneurs. Iceulx fournissoient
par chacun matin les chambres des dames d'eau de rose, d'eau de naphte (eau de
fleur d'oranger) et d'eau d'Ange (obtenue par distillation de feuilles de
myrte).
Depuis qu'autrefois elle
avait été invitée à assister à la fabrication des pommades, essences ou
eaux florales, le temps n'avait rien émoussé en elle des plaisirs que lui
procurait ce prodige sans cesse renouvelé: prendre à la fleur tout ce
qu'elle contient de parfum. Elle ne se lassait pas d'assister aux arrivages de
ces montagnes de roses, de violettes et de jasmin, moissons fabuleuses venues,
d'après elle, d'un monde mystérieux, chargées de leur sublime et capiteuse
mission. Elle aimait le vertige qu'elle ressentait, fermait les yeux (...).
... Je suis odeur de
rose.
... fait d'un élément
éternel, invariable, dont la quantité est extrêmement difficile à
déterminer et d'un élément relatif circonstancié...
Plusieurs hectares de
jasmin à grandes fleurs, dit jasmin royal, étaient à dépouiller de
millions de corolles crémeuses. On savait qu'il lui fallait beaucoup d'eau au
jasmin, qui aime bien boire. On savait aussi que la fleur cueillie ne devait
pas être mouillée pour éviter de rancir la
Il méditait en allant
le long de la rue Saint-Honoré sur son duel avec l'huile de Macassar, il
raisonnait ses étiquettes, la forme des bouteilles...
Avec sa mère il
s'attardait, enchanté aux échoppes des parfumeurs; suavité de l'eau de
Cologne, senteurs sucrées de l'héliotrope; il flânait chez les herboristes,
baguenaudait chez les drapiers: fraîcheur de la menthe, velouté des soies,
griserie, volupté...
... comme elle avait,
elle aussi, son caractère, mais qu'elle se voyait incapable de dire pour
l'heure ce qu'elle voulait et que, justement, elle ne voulait rien, ni qu'il
la prît dans ses bras sans prévenir au pied d'un immeuble dont elle
s'apercevrait qu'il était le sien, ni qu'il la quittât aussitôt avant
qu'elle ait fini de comprendre le sens de cette soirée, ni qu'il dît un mot
qui eût pu gâcher ou préciser quelque chose qu'elle ne souhaitait surtout
pas qu'on précise ; et comme en même temps elle rencontrait par endroit des
odeurs d'amour, de vase et de sucre, que la nuit était claire, l'air plus
frais, le peuple bienveillant, elle découvrit que rien ne lui convenait mieux
que cette marche en silence au hasard de la ville et, dans la flambée de
cette reconnaissance, fut au bord de glisser son bras sous le sien ainsi que,
tout autour d'eux, se faisaient conduire les dames comblées...
Sa mine chaste, sans
exagération d'aucune mode, exhalait un charmant parfum de bourgeoisie.
La naissance, moment
fragile de l'existence humaine, s'entoure de la protection d'exhalaisons:
sachets parfumés en Chine, gousse d'ail pendue au cou du nouveau-né au
Mexique. En Afrique du Nord, le bébé est protégé des " djinns "
par des fumigations odorantes et des onctions d'huile de safran et de henné.
De même, le mariage rite de passage important pour la femme, s'accompagne de
diverses précautions aromatiques. Avant la cérémonie, la jeune fille, en
butte à un djinn jaloux, se soumet à toute une série de purifications et de
parfumages. Celui de la chevelure s'étend sur plusieurs jours. La mariée se
préserve en outre par des fumigations et des bijoux odoriférants, notamment
un collier de petites boules noires composées de safran, d'iris, de musc, de
benjoin. Cette utilisation de parures parfumées pour se concilier les esprits
reste très répandu, en particulier en Afrique noire et en Asie.
Les parfums... apaisent
encore, et tranquillisent tous les esprits, et les attirent comme l'aimant
attire le fer.
" Non, non ",
murmura-t-elle, et elle se leva brusquement, ôta son maquillage, défit ses
boucles, se débarrassa du déguisement enfantin, s'immobilisa. Oui, aller lui
parler, tout lui avouer, se libérer. Indigne de lui avoir caché cela pendant
si longtemps. Recoiffée, elle passa une robe de chambre et des sandales
blanches, se parfuma pour se donner du courage, alla demander conseil à la
glace.
" Est-il venu
quelque lettre pour moi ? - Oui, une qui flaire comme baume.
Ces deux amants
s'écrivaient les plus stupides lettres du monde, sur du papier parfumé. ... Des lettres,
évidemment, des admiratrices en folie. L'une d'elles avait treize ans. Elle
cachetait ses enveloppes à
Et Bijou se demanda quel
étrange pouvoir possédaient les fleurs bleues pour émotionner à ce point.
Lorsque je lisais un
livre qui m'avait enrichi, j'avais la même impression que si Eve m'eût
donné un baiser et, quand elle caressait mes cheveux et me souriait, et que
sa chaleur et le parfum de sa présence me pénétraient, j'éprouvais le
sentiment d'avoir accompli un progrès intérieur.
[Des Esseintes] était
depuis des années habile dans la science du flair... son histoire [des
parfum] suivait peu à peu celle de notre langue. Le style parfumé Louis XIII
composé des éléments chers à cette époque, de la poudre de myrte, déjà
désignée sous le nom d' " eau des Anges " était à peine
suffisant pour exprimer les grâces cavalières, les teintes un peu crues du
temps. Plus tard, avec la myrrhe, l'oliban, les senteurs mystiques, puissantes
et austères, l'allure pompeuse du Grand Siècle; les artifices redondants de
l'art oratoire, le style large, soutenu, nombreux, de Bossuet et des Maîtres
de la Chaire, furent presque possibles : plus tard encore, les grâces
fatiguées et savantes de la société française sous Louis XV trouvèrent
plus facilement leur interprète dans la frangipane et la maréchale, qui
donnèrent en quelque sorte la synthèse même de cette époque ; puis après
l'incuriosité du Premier Empire qui abusa des eaux de Cologne et des
préparations au romarin, la parfumerie se jette, derrière Victor Hugo et
Gautier, vers les pays du soleil ; elle crée des Orientales, des Selams
fulgurants d'épices...
Cher Monsieur Süskind,
merci ! Vos pages exhalent un fumet qui dilate les narines et les rates.
Jamais votre Parfum n'eut lecteur plus enthousiastes que ces trente-cinq-là,
si peu disposés à vous lire.
déjà le soleil dü
soir pose dans les chambres douze mille a-
Tout ces extraits
pouvaient être mélangés pour obtenir d'autres nuances...
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