Le Café Littéraire luxovien / pour  

 

 fêter le printemps
 en compagnie de
John Cowper Powys
(1872-1963)

 

    

 

 

 

Extraits traduits par Jacqueline Peltier
représentante en France de la Powys Society,
éditrice de
La lettre powysienne 
& du Site Powys

 

 

«Le Printemps, que je me sois soucié ou pas de le reconnaître, agitait vers moi des bras frémissants. Je l'ai ressenti dans la chaleur du soleil, sur les visages rêveurs des vendeuses, dans les bourgeons des feuilles qui se détachaient contre les fumées du Borough. Il m'était revenu, et c'est toi ... toi qui l'avait amené! Il m'était revenu, l'Éternel Retour, le Renouveau antiphonal du monde profond. Il était venu, Nance, et tous les taudis de Rotherhithe et de Wapping, et toutes les cheminées, les usines, les quais et les masures des bords du fleuve ne pouvaient arrêter la montée de la sève. Ce matin, l'air arrivait jusqu'à moi, ma chérie, comme s'il avait passé sur des lieues de vertes prairies. Vraiment! Et il me faisait palpiter avec la douceur de ton âme.»

Rodmoor, A Romance 1916
Rodmoor, Seuil, 1992

 

      C'était une de ces soirées de printemps qui ne sont ni dorées par les rayons directs du soleil couchant, ni couleur d'opale de par leur réflexion indirecte et diffuse. Un vent froid s'était levé, couvrant le ciel d'ouest vers lequel ils [Wolf Solent et un ami] se dirigeaient, d'une épaisse couche de nuages. Le résultat de cette extinction complète du coucher de soleil fut que le monde devint un monde dans lequel tout ce qui était vert à sa surface vit quintuplé l'intensité de ce vert. On aurait dit qu'une gigantesque vague, faite d'une substance plus translucide que l'eau, s'était répandue sur toute la terre; ou plutôt c'était comme si quelque essence diaphane de toute la verdure créée par de longs jours de pluie ne s'était évaporée pendant la journée que pour retomber à l'approche du crépuscule en une froide rosée foncée émeraude. La route qu'ils suivaient ainsi, droit vers l'horizon de l'ouest menaçant de pluie, longeait le versant sud d'un plateau labouré - plateau qui s'étendait à mi-chemin entre la vallée pastorale du Dorset, que limitent les collines et les bois de High Stoy, et la vallée encore plus large du Somerset qui se fond au loin dans les marais de Sedgemoor.

Wolf Solent 1929
Wolf Solent, Gallimard, nrf, 1967

 

Le vent était tout à fait tombé maintenant. Sur la pelouse les ombres gagnaient, plus sombres, plus froides. Les quelques pissenlits qui avaient échappé au jardinier s'étaient refermés et semblaient -comme ils le sont à l'heure où le soleil est près de se coucher - abandonnés, appauvris, dépouillés de leur gloire. Sur le tronc du cèdre un pâle éclat alternait avec des ombres d'un noir de velours; et dans les parterres, au-dessus des jonquilles et des jacinthes, s'élevant d'un large étang invisible derrière le pré, une fraîcheur particulière, pas encore suffisamment palpable pour devenir vapeur, se déplaçait lentement depuis le bord des buissons vers la maison.
(...) Le vent avait viré au sud, en brise légère. Une vapeur opalescente couvrait le ciel; le soleil était chaud; et les odeurs vagabondes qui se propageaient, des chaumières environnantes vers la jeune femme, répandaient une douceur effaçant l'odeur âcre de la tourbe qui brûlait; une douceur qui venait peut-être des bourgeons qui pointaient dans les haies de troènes, ou des mottes de terre qu'on venait de retourner dans les petits jardins à l'arrière des maisons...

A Glastonbury Romance, 1932
Les Enchantements de Glastonbury, Biblos, 1975

 

Pendant quelques kilomètres, il suivit ce sentier, apercevant tout au long devant lui des bois au feuillage léger, des grandes prairies en pente et, au-dessus, les cimes dénudées des Downs, d'un bleu vaporeux à travers la légère brume de mi-mai.
      Enfin, un peu fatigué et échauffé par sa marche rapide, il grimpa par-dessus une barrière pour atteindre un petit champ prêt pour les foins, que des chênes ombrageaient et, se laissant tomber au milieu des boutons d'or et du trèfle, il se mit à examiner ce qui l'entourait.
      La flèche de la cathédrale s'élevait avec noblesse au-dessus des herbages, et au-dessous les toits vaguement silhouettés de la ville se fondaient avec les arbres et les haies, comme s'ils voulaient s'effacer. Les larges prairies au loin s'étendaient, plates et monotones, en un plan uniforme de vivante verdure jusqu'à la mer. (...) Tandis que Storm s'étirait de tout son long sur l'herbe fraîche, comme dans ses narines montait la senteur constante du trèfle alliée au parfum doux-amer provenant des aubépines que lui apportait par moments un vent léger, il ressentit une profonde émotion, la pure allégresse d'être une fois encore revenu dans le pays de ses ancêtres.

After My Fashion, 1919 (publié seulement en 1980)
Comme je l'entends, Seuil, 1989

 

[Extraits traduits par Jacqueline Peltier, mis en ligne le 28 mars 2013]

 

 

 

Retour à la liste   /   Aller à la bibliographie
Accueil /   Expositions LecturesRencontre  Auteurs
A propos  / Entretiens / Sorties