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Le Café Littéraire luxovien / silence... |
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Lorsque tombe la nuit il y a un moment de silence. Ce moment survient après que les oiseaux se sont tus, et il s'étend jusqu'à ce que les grenouilles commencent à émettre leur chant. Les rainettes aiment minuit, de la même façon que les coqs et la plupart des oiseaux aiment édifier leur territoire sonore dans la lumière qui se lève. Pascal Quignard
Quand Dieu inventa le silence, Il créa aussi le temps. En effet Il supposa ― à juste titre ― que Ses créatures humaines, incapables de supporter le poids du silence, chercheraient à le combler par un nombre imprécis de bruits, pour la plupart peu nécessaires. La dimension temporelle permettrait aux hommes d'appréhender le silence comme une attente : l'attente d'une vêture. Il espérait que, confrontés à l'infini que recèle le silence, les hommes, respectueux, ne chercheraient pas à le combler, mais à le vêtir avec infiniment d'humilité. En tout état de cause, le silence devait rester l'attribut divin, et sa vêture l'apparat. Christian Garcin, Kathlen Ferrier dans "Vidas"
Roger regardait le ciel. Et ce fut soudain le grand silence des étoiles qui le saisit. Il n'y avait plus le moindre frisson de vent. Un silence absolument inépuisable, comme il nous l'expliqua. Les étoiles dans les hautes branches, par-dessus les herbes et au-dessus de la maison c'était le commencement et la fin de toutes choses. André Dhôtel, La tribu Bécaille
Le silence de la nuit qui semble tout naturel aux gens de la campagne fait toujours l'émerveillement du citadin. Celui qui déserte la ville pour se rendre à la campagne, dans sa propriété ou dans une ferme, est enveloppé, le soir venu, par le silence, comme par l'atmosphère enchantée du pays natal ou d'une terre d'asile. Il a conscience d'être plus proche des vérités naturelles et sent passer sur lui le souffle de l'éternité. Hermann Hesse, Histoires d'amour (Juin)
Les livres partagent avec les tous petits enfants et les chats le privilège d'être tenus, des heures durant, sur les genoux des adultes. et de façon extraordinaire, plus encore que les enfants, plus encore que les chats, ils ont le pouvoir de captiver jusqu'au silence le regard de ceux qui les regardent, de pétrifier les membres de leur corps, de subjuguer les traits de leur visage jusqu'à leur donner l'apparence de l'imploration muette, l'apparence d'une bête qui est aux aguets, l'apparence d'une prière incompréhensible et peut-être éperdue. Pascal Quignard, Le salon du Würtemberg
Lao Tseu
Le silence parfois s'emplit de rumeurs, d'attente sans réponse. Mais nos appels, même jaillis de nous, ne tendent-ils pas d'autres pièges? Il en faudrait si peu pour effacer, parmi tous ces noms qui nous hantent, le seul qui nous fait croire encore à notre éternité. Pierre Gabriel, La vie en cage
Les paroles que nous prononçons n'ont de sens que grâce au silence où elles baignent. Maurice Maeterlinck, Le trésor des humbles
Quelque chose nous appelle, nous interpelle et peut-être nous oblige. Mais est-ce bien la parole? Ce qui nous appelle ne nous requiert peut-être qu'au silence, à son mutisme. Roger Munier
C'est la suavitas du silence, la suavitas non pas du tu mais du taisir, la suavitas de l'aboi perdu au loin dans l'horreur. Une cloison dont la matière est la distance dans l'espace. Une souffrance qui n'a plus de cri. Pascal Quignard, La haine de la musique
Et devrai-je jusqu'à la mort pousser à l'extrême limite du
supportable cette polyphonie née dans le silence et la solitude et à
quoi, musicien dément, je ne cesse d'ajouter des voix? Ou viendra-t-il
un jour où, le paroxysme atteint ― ou la synthèse rêvée ― ces voix
se tairont l'une après l'autre pour n'en laisser chanter qu'une seule,
chant unique, monodie idéale qui retiendrait dans ses intervalles
choisis l'harmonie essentielle? A moins qu'il ne me reste rien du tout,
que toutes ces voix meurent avant la mienne, que je me retrouve seul
pour mourir, seul comme je suis né? François-René Daillie, Le divertissement
Il est terrible que le silence puisse être une faute; c'est la plus grande de mes fautes, mais enfin, je l'ai commise. Avant de la commettre envers vous, je l'ai commise envers moi-même. Lorsque le silence s'est établi dans une maison, l'en faire sortir est difficile; plus une chose est importante, plus il semble qu'on veuille la taire. On dirait qu'il s'agit d'une matière congelée, de plus en plus dure et massive: la vie continue sous elle; seulement on ne l'entend pas. Woroïno était plein d'un silence qui paraissait toujours plus grand, et tout silence n'est fait que de paroles qu'on n'a pas dites. C'est peut-être pour cela que je devins un musicien. Il fallait quelqu'un pour exprimer ce silence, lui faire rendre tout ce qu'il contenait de tristesse, pour ainsi dire le faire chanter. Il fallait qu'il ne se servît pas des mots, toujours trop précis pour n'être pas cruels, mais simplement de la musique, car la musique n'est pas indiscrète, et lorsqu'elle se lamente, elle ne dit pas pourquoi. Marguerite Yourcenar, Alexis ou le vain combat
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L'homme doit
être seul et libre pour laisser naître ce qui est en lui. Julien Burgonde, Icare et la flûte enchantée
Mes jours et mes nuits n'étaient qu'un long rêve silencieux et sans cesse refoulé, un rêve de terreur, d'angoisse et de crainte. Je me demandais combien de temps je pourrais le supporter. Richard Wright, Blackboy
D'être seul et de se taire, on voit les choses autrement qu'en société; en même temps qu'elles gardent plus de flou elles frappent davantage l'esprit; les pensées en deviennent plus graves, plus singulières et toujours se teintent de mélancolie. Ce que vous voyez, ce que vous percevez, ce dont en société vous vous seriez débarrassé en échangeant un regard, un rire, un jugement, vous occupe plus qu'il ne convient, et par le silence s'approfondit, prend de la signification, devient événement, aventure, émotion. Thomas Mann, La Mort à Venise
Oiseau-Cham, existe-t-il une écriture informulée de la parole, et des silences, et qui reste vivante, qui bouge en cercle et circule tout le temps, irriguant sans cesse de vie ce qui n'a pas été écrit avant, et qui réinvente le cercle à chaque fois comme le font les spirales qui sont à tout moment dans le futur et dans l'avant, l'une modifiant l'autre, sans cesse, sans perdre une unité difficile à nommer? Patrick Chamoiseau, Texaco
... de tous temps, l'homme s'est toujours arrêté pour adorer dans l'émotion de la louange et la légère exaltation devant la promesse renouvelée d'une beauté rare et banale à la fois. Orphée chante pour faire part de cela, qui sans le regard n'aurait pas de réalité; et, sans sa voix, demeurerait muet donc innommé. Werner Lambersy, Journaux (Eté)
Pourtant, je le sais, les mots sont inutiles. Ils tombent à côté de ce que l'on veut exprimer. Ils trahissent nos pensées, dérapent sous nos idées, nous éloignent de la vie végétale et salée. Ils sont là, barrière vermoulue à laquelle on s'accroche, faute d'un meilleur appui. Jules Sédor Roy, Ma grand-mère Héloïse
Puis, au bout d'un moment, il en a assez, il détourne son regard, il va s'asseoir plus loin, sur une autre pierre. Mais ça n'a pas d'importance au fond, parce que maintenant Lalla sait que les paroles ne comptent pas réellement. C'est seulement ce qu'on veut dire, tout à fait à l'intérieur, comme un secret, comme une prière, c'est seulement cette parole-là qui compte. Et le Hartani ne parle pas autrement, il sait donner et recevoir cette parole. Il y a tant de choses qui passent par le silence. Jean Marie Gustave Le Clézio, Désert
Plutôt ce sentiment qu'on attendait de lui une parole, un geste mais peut-être aussi l'absolu silence et l'immobilité. Comme si le paradis qui tenait pour lui dans cet arpent de terre depuis si longtemps inculte et dans ces quatre murs désertés se trouvait brusquement au bord d'un abîme semblable à celui dont le cauchemar parfois lui en avait donné l'image. Claude Mettra, Celle qui rêvait sous l'algue
Nos paroles, au bout du compte, ne se résument-elles pas à des faux-fuyants, des conduites d'évitement et de la poudre qu'on lance aux yeux des autres? Salomé Renoir, La Dame errante
Seul. Parce qu'il ne dit rien. Ce n'est pas faute de l'avoir provoqué, de lui avoir tendu des pièges et non des moindres, pour le pousser à se déclarer: clamé À bas les flics, à bas les bourgeois, faut vivre ivre! Et le croiriez-vous? Il n'a pas réagi. Pas l'ébauche d'un haussement d'épaules, mutisme profond, pas même un point d'exclamation. Il n'est plus là, ou bien il est d'une patience, d'une intelligence tellement supérieures à la moyenne que c'est une fête de s'adresser à lui, d'ébaucher un monologue à deux, à moins qu'il ne prépare un coup contre moi, le coup de grâce pour que je dégorge tous mes péchés, il faudra du temps, tant il y en a. S'il ne dit rien, chapeau bas. J'admire. J'ai toujours rêvé d'une société où le nombre de mots assignés à chacun dans sa vie serait limité, compteur en main. On rirait bien. Certains deviendraient muets avant même la puberté, d'autres économiseraient les mots, feraient fructifier leurs silences par des placements, des héritages à leurs rejetons bavards, moi je n'ai rien à dire mais eux peut-être, tandis que d'autres parleraient peu mais bien, choisiraient les mots les plus précis, trouveraient moyen de tout dire en un mot comme en cent. Éric Faye, Je suis le gardien du phare
Ce ne sont pas les années qui pèsent le plus, mais tout ce qui n'a pas été dit, tout ce que j'ai tu et dissimulé. Je ne savais pas qu'une mémoire remplie de silences et de regards arrêtés pouvait devenir un sac de sable rendant la marche difficile. Tahar Beb Jelloun, La nuit sacrée
Au fond d'un verre
le tremblement des temps Alex Abouladzé, L'Espace vide
Je ne leur ai jamais rien pleurniché. Je garde tout pour moi... ou alors, des années et des années plus tard, sur le papier, là... parce qu'il faut bien arriver à tout raconter un jour ou l'autre... tout dire... que ça vaut peut-être la peine. Savoir? Tous ces mots qui m'accompagnent, les témoins de ma jeunesse... c'est sans doute une façon un peu ridicule, dérisoire de les faire revivre encore un instant bien fugitif dans un livre... ces quelques pages imprimées en guise de stèles funéraires. Alphonse Boudard, Mourir d'enfance
Il faudrait cette langue incertaine qui se parle quelquefois dans les rêves, et dont on ne retient au réveil que d'énigmatiques fragments n'ayant plus de sens. Pierre Loti, Pêcheur d'Islande
Emprisonnés en nous-mêmes, quand ce n'est pas déchirés ou exilés, nous buvons jusqu'à la lie une solitude sans référence à un au-delà rédempteur ou un en deçà créateur. Nous oscillons entre l'abandon et la réserve, le cri et le silence, la fête et le deuil, sans jamais nous libérer. Notre impossibilité impose à la vie le masque de la mort; notre cri déchire ce masque et monte en longues traînées dans le ciel avant de retomber, déroute et silence. Le mexicain se ferme au monde par les deux chemins de la vie et de la mort. Octavio Paz, Le labyrinthe de la solitude
Voilà le véritable pouvoir. La parole silencieuse. Le silence qui dicte les ordres suprêmes. Les armes et les titres font obéir les hommes exerçant sur eux une contrainte. Les livres font obéir les hommes sans s'adresser à eux, sans que les hommes aient conscience qu'un ordre leur a été donné. Alain Gerber, Le Jade et l'obsidienne
Ils n'eurent pas besoin de parler. Ils se ressemblaient trop. Ils étaient comme le sont parfois deux personnes, qui semblent si bien se connaître ou qui se ressemblent tellement que la faculté, le besoin de communiquer entre eux à l'aide de mots, s'atrophient à force de ne plus être exercés, et que, se comprenant sans avoir recours à l'intermédiaire de l'oreille ou de l'intelligence, elles en arrivent à ne plus comprendre mutuellement les paroles qu'elles prononcent. William Faulkner, Absalon! Absalon
Je voudrais dire les silences de l'amour, les silences du malheur, les silences de la prière; tout ce qui est transitoire, tout ce qui est déjà fini, qui ne veut rien dire, qui ne sert à rien, et qui est déjà oublié, à moins que tout ne signifie, que tout ne serve, et que rien ne meurt jamais. Françoise Mallet-Joris, La maison de papier
Le silence donne aux femmes de la considération Sophocle
... car c'est toujours de l'ordre de l'indicible, douleur si grande qu'elle est réduite au cri, amour muet qu'on ne sait définir, et c'est pour ça justement qu'on se lance dans un livre, car les humains sont ainsi faits qu'ils cherchent toujours à mettre leurs émotions en mots... Anny Duperey, Les chats de hasard
Plus avancé dans la vie littéraire, il aurait su que, chez les auteurs, le silence et la brusquerie en pareille circonstance trahissent la jalousie que cause une belle oeuvre, de même que leur admiration annonce le plaisir inspiré par une œuvre médiocre qui rassure leur amour-propre. Honoré de Balzac, Illusions perdues
Elle ne parlait pas; il se taisait, captivé par son silence, comme il l'eut été par ses paroles. Gustave Flaubert, Madame Bovary
Jean-Louis Chauvin, Tout silence est lumière
Lisons cet aveu que fait en passant l'écrivain dans La barque, le soir:
«Ai-je
jamais dit ce qu'au fond je pensais? Trop difficile. Trop étrange pour
pouvoir être fixé par des mots»
(Tala eg nokon gong om kva eg kjende i grunnen? Altfor vanskeleg. Altfor
rart a kunne plumpast ut med ord). Régis
Boyer, Revue Plein Chant n°25-26
Ce sera à Clea d'interpréter mon silence selon ses propres nécessités et ses propres désirs, de venir me rejoindre si elle en éprouve le besoin ou non, selon le cas... Tout ne dépend-il pas de l'interprétation que nous donnons du silence qui nous entoure? Lawrence Durrell, Le Quatuor d'Alexandrie, tome I, Justine
Cependant, Ferdinand Laroche a embouché son clairon. La sonnerie aux
Morts, malgré ses notes maladroites, a porté l'émotion à son comble.
Les femmes s'essuient les yeux; les hommes reniflent en toussotant; et il
n'est pas besoin d'observer longuement la face ruisselante de
Quatorze-Dix-Huit pour deviner, mêlées aux gouttes de pluie, de grosses
larmes roulant sur sa moustache. Pierre Gabriel, L'ormeau
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