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Café Littéraire / Les Trains
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Le train descendant de Paris vers le Midi était celui que nous avions toujours pris depuis des temps immémoriaux, ce même train interminable et paresseux dont le chapelet de lumières bleuâtres s'étirait au long de paysages crépusculaires comme un ver luisant démesuré. Il atteignait la Provence à l'aube, souvent par des clairs de lune intermittents qui rayaient la campagne telle une peau de tigre. Comme je m'en souvenais bien, comme il s'en souvenait bien ! Le Bruce que j'étais et le Bruce que je suis devenu tandis que je jette ces lignes sur le papier, quelques-unes chaque jour. Un train sujet aux haltes les plus imprévues, à des retards inexpliqués ; il pouvait s'endormir n'importe où, même en rase campagne, et rester là, perdu dans ses pensées, durant des heures. Comme les méandres et les tournoiements de la mémoire, - songeries autour du mot " suicide " par exemple, ainsi que des têtards effrayés. Il n'a jamais été, il ne sera jamais à l'heure, notre train. Lawrence
Durrell, Le Quintette d'Avignon
Il pénétrait toujours sur la voie entre les rejets d'une petite haie, un
peu plus haut que la maison du garde-barrière. (...) André Dhôtel, Le train du matin
Le train avait
ralenti son allure Blaise
Cendrars,
Tu
as toujours aimé les trains, Claire, et les rencontres dans les gares, ce
temps spécial, parallèle comme les rails, d'un compartiment clos emporté
dans la nuit. Un livre, une cigarette, une chanson en sourdine, au rythme
des roues. Ou, à travers le jour mouvant des paysages, un visage se lève,
émerge de l'habituelle grisaille, sous la lumière trouble de l'ampoule. Ou
une rivière reflète un rideau d'arbres, une route et des files de
voitures, des maisons de brique et de pierre blanche, elle sortait d'un
petit lac, au pied d'une basilique sans clocher... François-René Daillie, Le Cabalaire (Lieudit d'un récit).
En
attendant les pays où les noms eux-mêmes des gares sont des rébus indéchiffrables,
un nom passe comme un éclair. Blaise Cendrars dit tout d'un seul trait :
la gifle d'une gare. Maurice
Lelong, Il est dangereux de se pencher
au
dehors...
Ces
trains de nuit vont et viennent, brillent et disparaissent, pareils à des
météores. Préface
d'Henry Miller pour: Le Train bleu, de Laurence Clark Powell.
Pas dans le T.G.V., non! Ni dans le turbo-train, ni même dans un train
corail. Mais dans un de ces vieux trains kaki qui sentent les années
soixante. On s'attendait à l'asepsie fonctionnelle d'un wagon tout en
longueur, à l'ouverture automatique d'une porte coulissante. Mais sur
cette ligne familière, c'est bien un vieux train d'autrefois qu'on a
remis en service ce jour-là. Pourquoi? On ne le saura pas. Philippe
Delerm, Dans un vieux train
...la
lumière avait été donnée dans le train ; et les glaces des fenêtres
jouaient l'effet de miroirs. La buée qui masquait la glace l'avait
empêché, jusque-là, de jouir du phénomène qui s'était révélé avec
le trait qu'il y avait tiré. Yasunari Kawabata, Pays de neige.
Les
voyages en chemin de fer rapprochent parfois des gens qui ont peu de
choses en commun et qui, en d'autres circonstances, ne se parleraient même
pas. B. Traven, Appel de nuit (dans: Le Visiteur du soir).
Je
ne sais pas si tu te souviens de
ce voyage en train que nous avions fait ensemble (Paris-Caen, je crois) et
dans le wagon de queue que nous avions attrapé de justesse gare
Saint-Lazare (parce que nous sommes toujours en retard partout, n'est-ce
pas), ce compartiment de seconde classe aux banquettes de bois
médiévales où nous avions finalement réussi à nous caser bien qu'il
fut bourré comme une boîte à sardines d'honnêtes chrétiens qui
manifestement,à voir leurs têtes de poissons morts et les auréoles de
sueur aux aisselles de leurs vestons, se rendaient à leurs affaires ? Pierre Autin-Grenier, Je ne suis pas un héros.
Les gares d'Europe ont ceci de différent des vestibules de palaces que les jeunes filles et les femmes y abondent. La Centralbahnhof de B. ne faisait pas exception à cette règle. On comprend que les esseulés, les assassins rôdent dans les gares: les femmes y sont sans défense, moroses. Prêtes à écouter le diable. Les trains les amènent des banlieues et les jettent aux bureaux, aux écoles, aux boutiques. Les sages marchent d'un pas décidé, leur bouche souffle de la buée; les autres, les nonchalantes, laissent leur regard traîner, s'arrêtent devant les vitrines des galeries marchandes; elles sont les aventurières du matin. François Nourissier, La fête des pères.
Puis
tout s'endormit à la chanson des essieux, accompagné de castagnettes
d'acier. On ronfla. (…) Le conducteur reposait à l'entrée du couloir.
(...) Paul Morand, Ouvert la nuit.
Les chemins de fer revêtaient pour Paul une profonde signification. Vraisemblablement avait-il toujours pensé qu'ils menaient à la mort. Les itinéraires, les horaires, les indicateurs, toute la logistique ferroviaire étaient à certaines périodes devenus pour lui, comme son appartement de S. le trahissait aussitôt, une véritable obsession. Le train miniature Märklin installé sur des tréteaux dans la chambre vide donnant au nord m'apparaît encore aujourd'hui comme le symbole et le reflet du malheur que Paul a connu en Allemagne. Quant à moi, les propos de Mme Landau me rappelèrent les gares, les rails, les signalisations, les aiguillages et les entrepôts que Paul nous avait si souvent dessinés au tableau et que nous devions reproduire dans nos cahiers avec la lus grande exactitude possible. W.C. Sebald, Les émigrants.
Poirot
ne parvenait pas à se rendormir. Le grondement et les vibrations du train
en mouvement lui manquaient. Agatha Christie, Le Crime de l'Orient-Express.
Les
voyageurs debout devant les portières cachaient la lumière aux autres.
Ils faisaient tomber par terre, sur les banquettes de bois et les
cloisons, des ombres longues, collées ensemble par deux ou trois. Ces
ombres ne tenaient pas dans le wagon. Elles étaient rejetées par les
fenêtre opposées, elles sautaient à cloche-pied de l'autre côté du
remblais, avec l'ombre du train tout entier qui courait. Boris Pasternak, Le docteur Jivago.
Depuis Parme, déjà, le va-et-vient a commencé, et les babillages, et les déballages remballages, rires étouffés, bâillements, atmosphère pénible des trains qui se réveillent, des gens qui s'habillent, le visage pâteux, les yeux enfoncés dans des orbites bouffies et gonflées de mauvais rêves, toutes les déjections de la nuit, croûtes et croûtons des yeux, du nez, de la bouche, obturation des canaux, transpiration aigre, chaleur suffocante, remue-ménage de valises et trousses de toilette, les odeurs d'orange pelée, de café et de parfums se mélangent dans l'air saturé. Bernard
Comment, Florence, retours.
C'était
une de ces machines d'express, à deux essieux couplés, d'une élégance
fine et géante, avec ses grandes roues légèrement réunies par des bras
d'acier, son poitrail large, ses reins allongés et puissants, toute cette
logique et toute cette certitude qui font la beauté souveraine des êtres
de métal, la précision dans la force. Ainsi que les autres machines de
la Compagnie de l'Ouest, en dehors du numéro qui la désignait, elle
portait le nom d'une gare, celui de Lison, une station du Cotentin. Émile
Zola, La Bête humaine..
Aux
Etats-Unis j'ai l'habitude de m'insinuer sous des trains en pleine marche.
J'empoigne le longeron et je lance les pieds sur le triangle du frein; de
là je me glisse sur le boggie, puis à l'intérieur, où je m'assieds sur
la traverse. Jack London, Les vagabonds du rail.
…mais
il se coucha en travers de la voie de droite et posa sa joue sur le
rail… Georges Simenon, L'homme qui regardait passer les trains.
À perte de vue, dans le désert des voies, il ne se faisait pas un mouvement, tout était ennui et sommeil : la tristesse aride de midi tombait sur la gare ; un mince liseré cuisant étincelait au bord des toits de wagons qui semblaient mouillés d'huile. Quand l'oeil se détournait du désert brillant, la salle d'attente, baignée dans la pénombre qui tombait de la marquise, paraissait soudain toute fraîche. Julien Gracq, La
Presqu'île.
Quatre
ou cinq passagers n'en finissent pas de descendre sur le quai avec une
indifférence routinière qui vous prend le cœur. Celui qu'on attend est
toujours le dernier, le seul embarrassé dans son bagage. Philippe
Delerm, La peur de la micheline (dans: La sieste assassinée).
À
la gare d'Astapovo, où mourut Tolstoï, Maurice Lelong, Il est dangereux de se pencher au dehors...
En train, la durée du trajet m'était donnée, elle pouvait être augmentée en cas de retard, raccourcie, jamais. Rien ne pouvait m'être enlevé d'un temps prévu d'avance. Anne Luthaud, garder.
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