| Le Café Littéraire / Femmes | |
|
Tout date du jour où l’homme découvrit son rôle dans la procréation, ce qui bouleversa le rapport des sexes et provoqua une mutation dans des sociétés souvent matriarcales jusque-là. Possédant déjà la force physique, indispensable pour survivre en ces temps anciens, les hommes s’emparèrent alors du pouvoir de procréer. « La mère, dit Eschyle, ne saurait donner la vie. Elle n’est qu’un vase où le germe vivant du père se développe... C’est au père que sont dus le respect et l’amour des enfants. Qui tue sa mère n’est pas parricide.» Effaçant des siècles de jalousie pour ce mystérieux pouvoir féminin, les mâles allaient pouvoir fonder, sur une erreur biologique, des sociétés où les femmes ne pourraient plus jamais revendiquer la première place. Benoîte Groult, Ainsi soit-elle !
Mon
égalité enfin conquise n’était en fait que l’alignement sur tes
positions, l’adhésion à ton système, l’acceptation de ta loi, l’adoption
pure Mariella Righini.
|
|
|
|
Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme, mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes, d’avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes, selon les critères des hommes. Et ce n’est pas en continuant à lire les livres des hommes, à écouter ce qu’ils disent en notre nom ou pour notre bien depuis tant de siècles que nous pourrons guérir. Benoîte Groult, Ainsi soit-elle ! |
|
Faut attendre que ça se passe. Il faut attendre que des générations entières d’hommes disparaissent... Marguerite Duras et Xavière Gauthier, Les Parleuses.
Les femmes sont des êtres inférieurs parce qu’en se donnant, elles s’ouvrent. Leur infériorité est constitutionnelle, et vient de leur sexe, de leur « fissure », blessure qui jamais ne se cicatrisera. Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude.
Elles ont compris, depuis que Noé les fit monter sur l’arche, que le mâle n’était qu’un accessoire, acceptable un seul jour, pour un accouplement. Il ne sert qu’à « ça », et pour « ça », se goberge, rugit ou se pavane, fier de ce mince atout.(...) La mante religieuse dévore son époux. Sensible et raisonnable, elle ne peut supporter de l’avoir dans les pattes après l’accouplement. Si la femme acceptait de faire comme l’insecte, il n’y aurait sur terre plus de coiffeurs, de ministres, de militaires et de maîtres des forges, encore moins de banquiers. La terre serait ronde, il n’y aurait plus de guerres... José Luis de Villalonga, Femmes.
Ah! Plût aux dieux que vous autres, Mesdames qui rendez une âpre justice et condamnez la cause masculine, fussiez à l’égal de Sophie demeurées occluses! Si seulement chacune d’entre vous fermait boutique définitivement. Ne dépendrait-il pas de vous d’en finir avec la conception, l’enfantement? Le moment ne serait-il pas venu d’arrêter le trafic, d’échapper aux filles et aux fils, de ne plus rien porter à terme et de permettre à l’humanité une sortie pensive? J’ai devant moi des statistiques portant espoir. Du mariage à deux enfants, au mariage à un, au mariage à zéro. Exit l’histoire. Plus de croissance. Après une relative sénescence: l’extinction silencieuse, sans glas. La nature vous en saurait gré. Notre planète pourrait renaître. Günther Grass, Le Turbot. |
|
|
Mais il ne sut jamais d’où cela provenait. Je n’étais pas seule à me percer le ventre. Que de misères de femmes derrière les persiennes closes... et même, jusqu’au jour d’aujourd’hui, que de solitudes rêches autour d’un sang qui coule avec un peu de vie... O cette mort affrontée au coeur même de sa chair... que de misères de femmes... Patrick Chamoiseau, Texaco.
|
![]() |
|
La femme est un objet, alternativement précieux ou empoisonné, toujours différent. En la convertissant en objet, en être à part et en la soumettant à toutes les déformations que son intérêt, sa vanité, son angoisse et même son amour lui dictent, l’homme la convertit en instrument. Moyen de connaissance et de plaisir, moyen de dépasser la vie, la femme est une idole, une déesse, une mère, une sorcière ou une muse, mais elle ne peut jamais être elle-même. Octavio Paz, Le Labyrinthe de la solitude.
« ...les braves filles savent parfois joliment jouer du piano et se lancent dans la poterie ou les métiers d’art, l’architecture intérieure convient à leur talent de décoratrices; elles peuvent sans peine, dès qu’elles souffrent, aiment ou fraternisent avec la schizophrénie ophélienne, à grand renfort de sang, de secrétion vaginale ou d’encre splénétique, écrire des vers émouvants, mélancoliques ventouses. Le Messie de Händel, l’Impératif catégorique, la cathédrale de Strasbourg, le Faust de Goethe, le Penseur de Rodin et le Guernica de Picasso, tout cela, les sommets de l’art leurs sont interdits.» Günther Grass, Le Turbot.
Quand sera brisé l’infini servage de la femme, l’homme, abominable jusqu’ici lui ayant donné son congé, quand elle vivra pour elle et par elle... elle sera poète, elle aussi... Arthur Rimbaud.
|
|
|
Le Café Littéraire / Femmes |
|
|
Haut
de page / Retour
à la liste / Bibliographie
sur ce thème |
|