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| Le Café Littéraire luxovien/ La mer |
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L'ambition de la mer : ce que la glace n'ose dire. Jean-Claude
Izzo, Loin de tous rivages
Dans la grande tranquillité de ces soirées d'hiver, il y a une horloge : la mer. Son trouble balancement qui se prolonge dans l'esprit est la fugue sur laquelle cet écrit est composé. Vides cadences des vagues qui lèchent leurs propres blessures, maussades dans les échancrures du delta, bouillonnantes sur ces plages désertes… vides, à jamais vides sous le vol circulaire des mouettes : griffonnages blancs sur du gris, mâchonnés par les nuages… Si d'aventure une voile s'approche de ces parages, elle meurt bientôt, avant que la terre la recouvre de son ombre. Épaves refluées aux frontons des îles, la dernière couche, rongées par les intempéries, plantées dans la panse bleue de la mer… ultime naufrage Lawrence
Durrell, Le Quatuor d'Alexandrie - Tome I : Justine.
Paul Valéry, Poèmes et PPA
Octavio
Paz, Ma vie avec la vague
Du
plus loin que je me souvienne, j'ai entendu la mer. Mêlé au vent dans
les aiguilles des filaos, au vent qui ne cesse pas, même lorsqu'on
s'éloigne des rivages et qu'on s'avance à travers les champs de canne,
c'est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l'entends maintenant, au
plus profond de moi, je l'emporte partout où je vais. Le bruit lent,
inlassable, des vagues qui se brisent au loin sur la barrière de
corail, et qui viennent mourir sur le sable de la Rivière Noire. Pas un
jour sans que j'aille à la mer, pas une nuit sans que je m'éveille, le
dos mouillé de sueur, assis dans mon lit de camp, écartant la
moustiquaire et cherchant à percevoir la marée, inquiet, plein d'un désir que je ne comprends pas. Jean-Marie Gustave Le Clézio, Le Chercheur d'or.
Ici, ce n'est pas l'eau des terres qui nous gêne: nous n'avons que la mer et le rocher, pas d'insectes par conséquent, pas un brin d'herbe; mais quels nuages d'or et de pourpre, quelles tempêtes sublimes, quels calmes solennels! La mer est un tableau qui change de couleur et de sentiment à chaque minute du jour et de la nuit. Il y a ici des gouffres remplis de clameurs dont vous ne pouvez vous représenter l'effroyable variété: tous les sanglots du désespoir, toutes les imprécations de l'enfer s'y sont donné rendez-vous, de ma petite fenêtre j'entends dans la nuit ces voix de l'abîme qui tantôt rugissent une bacchanale sans nom, tantôt chantent des hymnes sauvages encore redoutables dans leur plus grand apaisement. George Sand, Elle et lui.
...je venais me mettre entre deux roches au raz de l'eau, au milieu des goélands, des merles, des hirondelles, et j'y restais presque tout le jour dans cette espèce de stupeur et d'accablement délicieux que donne la contemplation de la mer. Alphone Daudet, Lettres de mon moulin.
Tu sais ce qui est beau ici ? Regarde, on marche sur le sable, et elles restent là, précises, bien en ligne. Mais demain tu te lèveras, tu regarderas cette plage et il n'y aura plus rien, plus une trace, plus aucun signe, rien. La mer efface, la nuit. La marée recouvre. Comme si personne n'était jamais passé. Comme si nous n'avions jamais existé ? S'il y a, dans le monde, un endroit où tu peux penser que tu n'es rien, cet endroit, c'est ici. Ce n'est plus la terre, et ce n'est pas encore la mer. Ce n'est pas une vie fausse, et ce n'est pas une vie vraie. C'est du temps. Du temps qui passe. Rien d'autre. Alessandro Baricco, Océan-Mer.
L'eau ainsi est le regret de la terre, son appareil à regarder le temps. Paul Claudel, L'Oiseau noir dans le Soleil levant.
Lorsque je me sens las et fatigué de tout, lorsque la vie dans les grandes villes me pèse sur l'âme, au lieu de faire du scandale, de bousculer les gens en signe de mépris ou de provocation, je décide de faire un petit voyage en mer. Là, au milieu des vagues et du vent, j'oublie mes malheurs et ma tristesse et je retrouve mon équilibre. Je suis heureux. Ah ! la mer est pour moi un excellent médecin. Il n'y a pas que moi qui aime la mer. Tous les hommes sont attirés par l'eau et d'ailleurs, tous les chemins mènent à des étangs, à des canaux, à des fleuves. Herman Melville, Moby Dick.
Où commence la fin de la mer ? Que disons-nous lorsque nous disons : mer ? Disons-nous le monstre immense capable de dévorer toute chose, ou cette vague qui mousse à nos pieds ? L'eau qui peut tenir dans le creux de la main ou les abysses que nul ne peut voir ? Disons-nous tout en un seul mot, ou masquons-nous tout sous un seul mot ? Je suis là, à quelques pas de la mer, et je n'arrive pas à comprendre où elle est, elle. La mer. La mer. Alessandro Baricco, Océan-Mer.
Il y
a quatre choses que je ne sais pas : Pascal Quignard, Le Salon du Würtemberg.
Un jour un de ces philosophes de quatre sous que les postes d'équipage semblent produire à foison lui avait dit : « Toi, ma belle, tu n'aime pas l'ici, tu n'aimes que le là-bas. » Elle avait été frappée par cette réflexion. Elle comprenait pourquoi elle avait toujours été invinciblement attirée par la mer et pourquoi le visage des matelots suscitait en elle un trouble étrange : ils étaient les messagers de l'ailleurs... Christian Charrière, Mayapura.
... La mer, on l'aime pour ce qu'il y a au bout. Le reste, c'est des trucs pour les poètes... Bernard Clavel, Cargo pour l'enfer.
...
Vous n'aimez donc pas la mer ? » demandai-je. Jack London, Les Mutinés de l'Elseneur.
Yes, Sir. Les bateaux qu'on voit dans les histoires de mer sont des bateaux du dimanche, et leurs marins des marins d'opérette qui se font les ongles en remâchant comme une fleur de stupides chagrins d'amour. La vie en mer, seul le dernier des marins a le droit d'en parler. B. Traven, Le Vaisseau des morts.
La mer est un élément cruel et dur, et, par ricochet, nous ne trouvons, pour former un équipage, que les pires spécimens de l'humanité. Jack London, Les Mutinés de l'Elseneur.
Si le soutier n'était pas aussi calé en navigation qu'un capitaine, il ne pourrait pas amener un kilo de charbon devant les chaudières certains jours. Comme il se doit, il en ressort avec des bleus partout, le nez cassé, les tibias brisés, les mains et les bras écorchés. Ah ! le charme de la vie en mer ! Consultez les romanciers. B. Traven, Le Vaisseau des morts.
Bon Dieu, des fois on en a bavé. Mais tout de même, la passerelle la nuit, j'ai toujours aimé ça... Y'a rien qui remplace. Bernard Clavel, Cargo pour l'enfer.
Quand tu regardes, tu ne t'en rends pas compte : le bruit qu'elle fait. Mais dans le noir... Toute cette infinitude alors n'est plus que fracas, muraille de sons, hurlement lancinant et aveugle. Tu ne l'éteins pas, la mer, quand elle brûle dans la nuit. Alessandro Baricco, Océan-Mer.
Et ces yeux où s'éloignent à pleines voiles des navires illuminés dans la tempête ! Maeternick
La mer (...) était loin. Mais surtout -- vit-il dans ses rêves -- elle était terrible, exagérément belle, terriblement forte -- inhumaine et hostile -- merveilleuse. Et puis, il y avait des couleurs différentes, des odeurs jamais respirées, des sons inconnus -- c'était l'autre monde. Alessandro Baricco, Océan-Mer.
La
mer n'est pas une surface. Elle est de haut en bas l'abîme. Maître Eckart
Celui qui prend le cap de la mer ne sait jamais quand, ni même si reviendra. Seul l'Océan demeure maître de cette décision-là. Et c'est bien ainsi. Chacun à son premier embarquement, accepte une fois pour toutes la règle du jeu. Alain Jégou, Ikaria L0686070.
Et
la mer et l'amour ont l'amer pour partage... Pierre de Marbeuf
Mon
beau navire ô ma mémoire Guillaume Apollinaire, Alcools.
J'aime ceux qui ne savent vivre qu'en sombrant, car ils passent au-delà. Nietzsche
Peu à peu cependant, le berceau a changé de forme ; il est devenu plus long et plus étroit. Le bateau qui m'emporte à présent jusqu'au port de l'oubli est d'un matériau plus dur et d'une couleur plus sombre. Berceau et cercueil, tombe et sein maternel -- notre coeur les confond et pour finir, ils se ressemblent presque. Klaus Mann, Le Tournant.
L'eau est un grand repos, une main tendue sous le corps. On n'a plus à se garder du sol, à le tenir à distance, à se souvenir des muscles et tenir la colonne ; on n'a plus à veiller. L'eau ressemble au sommeil... Marie Darrieusecq, Le Mal de mer.
Je
ne sais pas celle qui dort dans les remous Alex Abouladzé, L'Espace vide.
Je sais qu'un jour, ou peut-être une nuit, de lassitude trop profonde ou de mauvaise estimation du déchaînement ambiant, je sentirai son souffle plus proche encore, son haleine aux senteurs de vieille boued courant sur mon visage. Je sais que je ne ferai rien pour lui résister lorsque, minaudante et dodelinante de toutes ses formes farouches, elle viendra coller ses lèvres aux miennes pour me donner l'ultime baiser salé. Alain Jégou, Ikaria L0686070.
J'ai
vu tous les chemins venir autour de nous Alex Abouladzé, L'Espace vide.
...Au
loin, la caresse d'une dernière vague, haussant plus haut l'offrande de
son mors... La mort navigue dans la mort et n'a souci de vif. Saint John Perse, Amers.
C'était pourtant la mer, la mer bleue et splendide, la mer que j'aimais tant, dont je n'avais jamais craint qu'elle fut un jour mon tombeau, puisque ce seraient alors mes grandes noces solennelles avec la femme de tous les caprices et de toutes les colères, la brûlante, la souriante, la berceuse, la toute-belle ! B. Traven, Le Vaisseau des morts.
Il
ne revint jamais. Pierre Loti, Pêcheurs d'Islande.
Tous les marins ont un noyé dans le coeur. Un des leurs dont ils n'ont jamais oublié et n'oublieront jamais les regards, les rires et plaisanteries, les humeurs et attitudes, les silences et les dires. Alain Jégou, Ikaria L0686070.
Je
témoignerai. Béatrice Douvres
Dire la mer. Parce que c'est tout ce qu'il nous reste. Parce que devant elle, nous sans croix ni vieil homme ni magie, il nous faut bien avoir une arme, quelque chose, pour ne pas mourir dans le silence et c'est tout. Alessandro Baricco, Océan-Mer.
Et la lettre finie, elle la jetait à la mer -- non pour s'en débarrasser, mais parce que cela devait être ainsi -- et peut-être à la façon des navigateurs en perdition qui livrent aux flots leur dernier message dans une bouteille désespérée. Jules Supervielle, L'enfant de la haute mer.
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