Le Café Littéraire  luxovien / du côté des poètes : 

 

 

Alain Jean-André 
Guy Goffette 
Marise Querlin
Richard Rognet 

 

 

 

 

 

Évocation de Marise Querlin

Marise Querlin renaissait
 pour les membres du Café Littéraire luxovien, 
le 7 mars 2008 au CLEC, 
à l'occasion du Printemps des poètes, 

        

      Marise Querlin, journaliste, écrivain qui fit parler d'elle dans les années 1920-1960, tant les sujets qu'elle abordait étaient brûlants, publia, outre des articles et reportages journalistiques, outres des romans traduits dans de nombreux pays, trois ouvrages poétiques :

      "Moi, femme " recueil de 77 pages et 32 poèmes, en 1919, à l'âge de 16 ans. Publié sous le pseudonyme de Nelly Dward et préfacé par Maurice Magre qui voyait en elle un écrivain de talent.

      "Lotus mort (Ex tenebris ad lucem)", 110 pages et 44 poèmes aux éditions Notre temps, dédié à ce même Maurice Magre. Illustré d'un autoportrait daté de 1937. Publié cette année-là, à 34 ans, la même que celle de son mariage avec Willem van Gytenbeek, pianiste compositeur dont deux poèmes du recueil ont été écrits sur sa musique.

      "Les Orages de la vie", publié à l'âge de 78 ans. Préfacé par Armand Lanoux. Ce dernier recueil est divisé en quatre parties qui suivent les saisons. Les saisons de sa vie…

      Il est présumé que Marise Querlin publia des poèmes sous un autre pseudonyme. Au moins dans un ouvrage collectif : "Écrivains en prison" paru durant la guerre. Où son nom, qu'on ne retrouve pas à l'intérieur du recueil pour raison de sécurité si elle était encore emprisonnée au moment de la parution, est annoncé en couverture.

      Il est surprenant de constater qu'à seize ans, comme à trente quatre, comme à soixante dix sept, la forme et les thèmes des poèmes de cet auteur féministe, qui connut de multiples amours, tenta plusieurs suicides, sont restés étonnamment les mêmes: Des vers rimés, pour la plupart alexandrins ou octosyllabes, quatrains, tercets, quelques sonnets, des ballades dans lesquels elle chante l'amour espoir, ses illusions, ses déceptions, la peur, les regrets, le souvenir, la mort comme apaisement et à chaque fois... la renaissance. 

     Lucidité, rêves et éternelle jeunesse, donc, pour Marise Querlin, qui aurait 105 ans cette année. Et qui, Phénix, renaissait ce Printemps des poètes 2008, portée par les voix de Michèle Larrère et de Marie-Françoise Godey devant le public attentif et vibrant du Café littéraire de Luxeuil.

 

      LOTUS MORT

      Pour que de tes beaux yeux une larme jaillisse
      Et suive le chemin qui mène à ton cœur
      Ainsi qu'une rosée irradiant un calice,

      Pour que de tes yeux durs coulent, sur moi, ces pleurs
      Auxquels tu décidas qu'en toi rien ne succombe :
      Orage refusé par la fiévreuse fleur…

      Pour qu'une larme enfin, de tes yeux aimés, tombe
      Sur mon front encerclé de ton amour brûlant,
      J 'irais… j'irais toujours jusqu'au bord de la tombe…

      J'irais des nuits, des jours et partout t'implorant,
      Implorant ton amour et suppliant les anges,
      Clamant mon fol espoir et me désespérant

      Je marcherais toujours dans le froid, dans la fange,
      Et laisserais blesser mon âme jusqu'au sang
      Afin de t'en donner les sources en échange !...

      Car sous l'éclat trop sec du jour incandescent
      Le blanc lotus se fane et meurt… et recommence
      Dès qu'en les pleurs du lac il s'apaise et descend…

      Phénix auquel la nuit tisse une autre naissance,
      Ainsi tu renaîtrais d'une larme, ô Présence !
                                            
Lotus mort (éd Notre Temps, 1937)

 

      ROMANCE À L'INCONNU

      Un passant m'a donné ses yeux,
      Tout son regard de lumière…
      Ce regard était un aveu,
      Ce passant était éphémère…

      Accrochés en moins d'un instant,
      Soudés par de pareils mystères,
      Nos regards en se pénétrant
      Ont fait nos désespoirs se taire…

      Pourtant, je ne sais rien de lui,
      Jusques à mon nom il ignore
      Un instant, un éclair a lui,
      Mais la nuit sur nous flotte encore…

      Azur où je puis dépérir,
      Regard qui livrait tant de choses,
      Caresse impalpable où frémir,
      Remous infini qui se pose…

      M'étiez-vous vraiment destinés ?
      J'ai cru que tu allais me dire
      Passant, des mots qui sitôt nés
      T'eussent perdu et fait maudire,

      Car ta voix sans doute eut rompu
      De tes yeux tous les sortilèges,
      Et te fuir ? Je n'eusse pas pu
      Si tu m'eus pris ce privilège…

      Mais nos destins nous ont rendu
      Avec nos routes différentes
      Nos cœurs seuls, un jour confondus,
      Mêlés dans cette foule errante…

      Et depuis, toujours me poursuit
      De soudain te revoir la crainte…
      Nos yeux s'étaient bien compris…
      Chimère, ô garde nos étreintes !...

                                        Lotus mort (éd Notre Temps, 1937)

 

 

Rencontre avec Richard Rognet

 

A l'invitation de 
la Bibliothèque Municipale, 
Richard Rognet venait lire ses poèmes
et échanger avec le public de Luxeuil, 
le jeudi 31 mai 2007 à 20 heures.


Richard Rognet à Luxeuil
Photo : Marie-Françoise Godey


par Marie-Françoise

      Les Correspondances de Baudelaire, Le corbeau et le renard de La Fontaine, Le ténébreux de Nerval, Rin de Jean Tardieu, etc… c'est en déclamant quelques textes des poètes qui l' "accompagnent" que Richard Rognet, silhouette grande et mince, chevelure grise et courte, a commencé cette soirée. Manière de décompenser, de se mettre à l'aise confie-t-il simplement.
      Richard Rognet, professeur de lettres en retraite, vit à Epinal dans les Vosges. Il passa son enfance à la campagne jusqu'à l'âge de quinze ou seize ans. Il effectua sa scolarité élémentaire sous la houlette de sa mère, institutrice de classe unique. Mère qui connaissait, "connaît", précise-t-il ce 31 mai 07, les plantes et tenait un herbier. Nul doute que ce soit elle qui lui a transmis cette qualité d'observation des choses de la nature.
      Nature, fleurs, animaux, enfance affleurent en effet sans cesse dans ses ouvrages poétiques. Mais il évoque aussi les événements tragiques qui ont touché notre époque : la guerre, les camps de concentration. Et de proches disparus: Denise, sa voisine de classe, touchée par le "croup" et morte l'année de son CE2 ; une jeune femme enceinte noyée dans un étang, par crainte de devenir fille-mère ; son père mort en mille neuf cent quatre-vingt-onze, qu'il orthographie en toute lettres pour marquer l'étirement de la douleur de l'absence ; on y trouve aussi le bonheur de se blottir en sécurité au sein des cartes de bonne année, les anciennes, celles au paysage sous la neige avec un peu de poudre argentée.
      Dans son dernier ouvrage Le promeneur et ses ombres, paru en 2007, "petit dernier" de ce qu'il qualifie sa "trilogie Gallimard" commencée en 2003 avec Dérive du voyageur, continuée avec Le visiteur délivré, Richard Rognet évoque des sensations et des émotions plus précises sur les petites choses de la nature, les lieux, des moments de la journée.
      Parfois le lecteur remarque le tutoiement entrer dans ses poèmes, peut-être parce que "Je, est un autre" dit-il. Que le poème est matière à multiplicité. Peut-être aussi parce que dans ce cas il s'adresse à la part qui résiste en nous, ou veut marquer une distance avec celle qui lui est trop douloureuse.
      L'auteur a dévoilé ensuite des particularités plus techniques concernant son écriture. Ce n'est que récemment, par exemple, qu'il prend des notes sur le terrain pour écrire, dans de petits carnets de molesquine. Il avoue aussi, sans honte aucune, que ses poèmes sont un peu romantiques et élégiaques, qu'il refait des alexandrins et octosyllabes, que l'on remarque à la lecture mais qu'il casse et rend invisibles dans la présentation écrite. Que parfois il s'amuse à composer tout un poème à partir des mots d'un vers d'un auteur du passé. Ainsi : "Une rose / d'automne / est plus / qu'une autre / exquise" d'Agrippa d'Aubigné, à donné naissance à un poème dont chaque strophe commence par une partie de ce vers. Que la rose est souvent présente dans ses textes. On reconnaît celle de Ronsard. Qu'il ne donne pas de titres à ses poèmes, et a souvent du mal à trouver celui de l'ouvrage, car le titre doit donner l'ambiance et l'atmosphère qui règne dans le livre. Qu'il fait grand' attention au choix de ses dédicataires. A ses épigrammes aussi. Qu'il est très attaché au chiffre sept. Tel ouvrage contient 77 poèmes, tel autre 97 (soit 9+7=16, soit 1+6=7), etc. Que sa date de naissance aussi le ramène à 7. Curieux !
      Enfin, qu'il est en train de travailler à des poèmes plus longs pour un prochain recueil dont le titre est déjà trouvé : Elégie pour le temps de vivre.
      Vie durant laquelle se sont tissées de nombreuses relations. Elles lui ont permis d'avancer en écriture. Il confie être beaucoup redevable à Jean Grosjean d'avoir publié, mais aussi à Jean Orizet, Andrée Chédid, Georges Emmanuel Clancier, Lionel Ray, Jacques Réda, Robert Sabatier, Hélène de Saint Hyppolite, Guy Goffette, etc., qui l'ont conseillé, aidé, et avec qui il a des échanges.

      Dahlia mauve, pale
      dahlia dans le 
      désastre des ronces  

      la maison, une
      petite ferme, n'attend
      plus personne depuis
      longtemps
 — on sent

      sur elle le poids
      des saisons, et même
      quand il fait beau,
      la lumière l'offense

      en frôlant le rideau
      déchiré, à la fenêtre
      de la cuisine,

      rideau de fine
      dentelle, rideau
      d'ancienne patience.
                       
(Le promeneur et ses ombres, Gallimard 2007)

 

 

 

 

 

Rencontre avec Alain Jean-André

 

Alain Jean-André à Luxeuil©A.G.
Photo : A.G.

  

Le Café Littéraire luxovien 
participait au
Printemps des poètes

en recevant
Alain Jean-André  
pour une lecture-rencontre,  
le 9 mars 2007 à 14 heures, Salle de la cheminée, Maison du Cardinal Jouffroy à Luxeuil-les-Bains.

      Le Café littéraire luxovien s'associait pour la première fois à la manifestation nationale Le printemps des poètes en accueillant Alain Jean-André, auteur largement inspiré par les paysages des Vosges du sud. Une rencontre qui réunissait quelques 25 personnes dans le magnifique cadre de la salle de la cheminée de la maison du cardinal Jouffroy à Luxeuil-les-Bains.

      L'auteur a lu des extraits de son dernier livre: Ulysse vagabond. Un recueil de 140 pages, qui comporte de remarquables illustrations du graveur Jean-Pierre Lécuyer. Y sont réunis des poèmes qui évoquent d'abord des villes ou des lieux sous-vosgiens : Plombières, Luxeuil, Sainte-Marie-en-Chanois, Saphoz-le-bas, etc. Le poète y développe aussi le thème du voyage vers le sud. Périples et lectures l'amènent à établir des correspondances entre les Vosges et des lieux méditerranéens.

      Puis Alain Jean-André, auteur discret qui a tout de même déjà publié six livres, s'est entretenu avec les membres du Café littéraire luxovien, contents de le recevoir.
A la question sur le "je" employé dans ses textes, AJA a répondu que le "je" de la narration, le "je" littéraire n'est pas le "je" du vécu. Ce que Marcel Proust explique en ces termes dans son livre Contre Sainte Beuve : "Un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes dans la société, dans nos vices." Et si Alain Jean-André utilise un pseudo composé de ses trois prénoms, ce ce n'est pas pour se cacher, mais pour marquer cette différence.
      Alain Jean-André a également souligné combien son activité littéraire était marquée par l'espace sous-vosgien. Depuis le début des années 70, il arpente le territoire de Haute-Saône appelé aujourd'hui le pays des mille étangs. Il a même écrit que les Vosges du sud, précisément le massif du Ballon d'Alsace et du Ballon de Servance, étaient "symboliques à ses yeux comme le Fuji-Yama pour les Japonais". Mais loin de s'en tenir à un territoire limité, sa poésie puise à des sources nombreuses et lointaines : il évoque des poètes comme lui, à la périphérie, Constantin Cavafy, Umberto Saba, Fernando Pessoa, ainsi que la poésie chinoise.
      Furent naturellement évoqués les problèmes liés à la traduction. Que l'auteur connaît bien, ayant dans un précédent ouvrage traduit des poèmes irlandais via l'anglais et qui sait que "traduire c'est choisir".

      Pour clore, Alain Jean-André a lu des textes récents publiés dans la revue Voix d'encre. Des poèmes éclairés par un réalisme très oriental et un humour certain. Les auditeurs ont alors senti combien la poésie pouvait se jouer des limites et des frontières, sans trahir le pays d'origine.

      LA QUESTION  

      Quelques mots, des feuilles mortes,
      le vent, et tout ce qui n'est pas dit,
      tout ce qui s'accumule
      dans les ravins où poussent les fougères,
      des tourbillons emportés comme des fumées
      parmi les ruines.
                                Ainsi donc,
      la vie s'écoule entre les doigts
      et ne laisse que des corps osseux
      et des yeux de poissons presque morts.
                                        Ecartelé,
      dans l'unité factice de ton corps,
      tu n'es qu'un passager qui vient d'ouvrir les yeux
      et qui va bientôt les fermer,

      mais les yeux de qui, dis-moi?
                                          
(Ulysse vagabond, Editions en Forêt 2006)

 

 

 

 

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